Un objet dont il faut se méfier

Pour le deuxième atelier d’écriture fantastique avec Katia, il fallait décrire un objet. Pas un objet spécial, un ordinaire, mais avec lequel on n’était pas très copain.

L’objet de toutes mes peurs (ou presque 🙂 )

Il est là, tout près de moi. Je l’utilise presque tous les jours. Presque tous les jours ? Tous les jours en fait, au travail. Une ou deux fois par semaine, à la maison. On en trouve partout, en grande surface, en librairie, chez les voisins, chez les amis, dans la famille. On pourrait presque dire que c’est un objet de tous les jours, un objet de la vie quotidienne. Un objet inoffensif. Tout le monde peut l’acheter. Ce n’est pas comme la bière ou l’alcool, il ne faut pas être majeur pour pouvoir s’en procurer un !

Sauf que moi, je déteste cet objet. Je le dis à mes enfants : cet objet est malveillant si on n’y prend pas garde. Il est sournois. Il triche. Il ment.

D’ailleurs, c’est bien simple, au bureau, comme à la maison, il est caché dans un tiroir. Pour pas que je le vois. Ce n’est pas tant le voir qui me pose un problème, c’est l’utiliser. Non pas que je ne sache pas l’utiliser, mais disons qu’un souvenir de mon enfance m’a plutôt marqué. Souvenir marqué dans ma mémoire comme la trace que laisserait une cicatrice sur ma peau pâle.

Car un jour, voyez-vous, cet objet banal, inanimé, m’a fait mal ! Oui, certes, tout était entièrement de ma faute, mais quand même… comme je dis toujours, dans un mariage comme dans un divorce, il faut être deux pour que ça marche ou que ça capote. Donc ici aussi, dans cet incident, nous sommes deux : lui et moi. En plus, je devrais plutôt dire elle. Elle et moi. Car son petit déterminant est féminin. Elle n’est pas bien grande, même si elle peut avoir des tailles différentes. Disons que nous sommes habitués à ce qu’elle soit à peine plus grande qu’une main. Mais il n’y en a de plus petit, de beaucoup plus petits, si petits qu’elle tient au creux d’une main, même d’une main d’enfant. Elle a aussi de longs ongles comme les filles (ou comme ceux qui jouent de la guitare), des griffes, des serres en forme de U, sa peau est froide, en plastique ou en métal. Sa couleur varie, je me demande bien d’ailleurs pourquoi, sa couleur n’a aucune incidence sur son utilité ou sur son fonctionnement. Quant à son poids, ça dépend, on peut la classer parmi les poids plumes ou un peu plus lourds, mais à mon avis, il ne dépasse rarement une centaine de grammes !

Malgré son poids léger, elle est gourmande. Oui, il lui faut toujours lui fourrer quelque chose dans le gosier pour qu’elle fonctionne. Sans ça, ben ça ne marche pas. Alors, seulement, on peut dire qu’elle est inoffensive, quelconque, anodine, banale…

Je disais donc que je l’utilise depuis que je suis toute petite. Quand elle m’a fait mal, quand elle m’a mordue, je devais avoir six ou sept ans. Peut-être bien huit. Car quand même, on ne met pas cet objet, pas si anodin que ça, entre n’importe quelle main ! Quand j’avais huit ans, donc, je me souviens pourtant de la mise en garde de ma tante. Elle me disait de faire attention, de bien vérifier qu’elle était fermée, que je ne devais pas mettre mes doigts juste en-dessous.

Et moi, je voulais bien faire. Peut-être bien que c’était la première fois que j’utilisais. C’était un week-end, ça je m’en souviens très bien, car j’allais chez elle que les week-ends ou durant les vacances scolaires. Ma tante était âgée. En fait, ce n’était pas tout à fait ma tante, elle n’était pas de ma famille, mais on faisait comme si. C’est elle qui m’a élevée, en partie, avec mon père. Ma tante était très gentille. Elle était proviseur d’une école. Elle avait donc l’habitude des enfants, des affaires scolaires et de cet objet.

Bref, toujours est-il que je me souviens de la morsure de la bête : atroce, piquante, douloureuse. Et puis ce sang. Et mon cri. Est-ce que j’avais crié de douleur ou parce que j’avais vu le sang ? Je ne sais plus… Et la feuille qui tenait à mon pouce. Mon pouce ! Ma chair, ma peau, mon sang, moi. J’étais blessée. J’avais mal. Je pleurais. Et j’enrageais, car elle me l’avait bien dit : n’oublie pas de retirer ton doigt.

Trente ans plus tard, je me méfie toujours des agrafeuses.

Crime, Criminel, Meurtre, Réimpression, Sang, Effet

Image Pixabay / geralt

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Écrire ensemble des contes, Nanowrimo

affiche nano conte 2019

Je vous propose de nous retrouver virtuellement (ou réellement pour celles et ceux qui sont proches géographiquement de Liège) autour des contes.

Booster notre créativité, ensemble, enfants, adolescents et adultes.

Écrire des histoires, des contes, un peu, beaucoup, passionnément ! Ensemble, ou chacun de son côté.

Avec des idées pour avancer, progresser dans notre écriture. Des jeux, des conseils, des infos, des idées, des envies…

Pour atteindre 50.000 mots sur le seul mois de novembre.

Et puis, pour ceux qui en ont envie, lire à voix haute, conter pour partager notre imaginaire, notre créativité.

Et échanger autour de cette thématique. Mis à part ce thème de conte que j’aimerais que l’on respecte, cela reste très libre : conte fantastique, conte magnifique, conte féérique, conte d’horreur, conte qui fait peur,…

Et puis, oui, pourquoi pas garder une trace écrite de tout ça : recueil auto-publié, à distribuer, à partager tout autour de nous 🙂

Envoyez-moi un mail si vous voulez y participer ! ou un commentaire ou un coup de fil.

Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (8)

Chapitre 8

Lisa, dans sa chambre, écrivait avec frénésie. La disparition de son petit frère lui avait donné une idée. Avec tout ce qu’il s’était passé depuis leur déménagement, il y avait de quoi en raconter des choses à ses copines. C’est ça qui lui manquait ici, de nouvelles amies à qui se confier, avec qui partager des secrets, des peurs, des rêves.

Elle n’avait pas encore accroché au journal intime que sa mère lui avait offert pour son dernier anniversaire. Écrire pour elle, ça ne lui parlait pas, même si le journal en question arborait une magnifique photo de son animal préféré : un béluga. Elle avait besoin d’avoir un lecteur, une nécessité d’avoir une réponse, une obligation, une excitation d’attendre un courrier en retour.

« Oh Charlotte, si tu savais depuis le temps que je rêvais de ça ! Mon frère a disparu, pfffuiit, il n’est plus là ! Bon, ça n’a pas l’air de faire plaisir aux parents, mais moi, je suis contente qu’il n’est plus là. Crois-tu aux rêves prémonitoires ? »

 Lisa retournait la lettre pour poursuivre son récit, n’omettant pas de parler de l’histoire de la fontaine et de sa nouvelle allergie, accusant à cette occasion son petit frère d’avoir tout manigancé.

En alignant les mots, les phrases, la jeune fille se rendit compte qu’elle parlait beaucoup de son frère, plus que ce qu’elle en avait réellement envie. Mathieu par ci, Mathieu par là. Il y en avait plus pour lui qu’elle, elle n’avait même pas mentionné les accidents de son père et sa mère !

Il était 22 heures quand elle relut pour la quatrième fois sa lettre et pleura. Oui, Mathieu lui manquait, oui, elle avait peur pour lui, oui, elle voudrait qu’il revienne à la maison. Sans lui, rien n’était rigolo, elle ne pouvait pas se disputer avec ses parents, pas comme elle le faisait avec son petit frère. Avec qui jouerait-elle aux cartes, à cache-cache, s’il n’était pas là ? S’il n’était plus là ! Il prenait plus de place qu’elle ne le pensait.

Sa mère était restée à la maison avec elle, au cas où il reviendrait tout seul, comme un grand. Mais il n’avait que 8 ans, se disait Lisa ! 8 ans, c’est encore tout petit, il avait beau avoir un cerveau hyper développé, il n’en restait pas moins son petit frère.

Lisa regarda par sa fenêtre, des larmes ruisselantes débordaient de ses yeux fatigués. Elle alla chercher l’album photo où ils étaient tout petits. Lui nouveau-né, elle petite pouponne de 2 ans. Couchés sur le dos, l’un près de l’autre sur une couverture, elle tournait la tête vers ce minuscule être qui suçait déjà le dos son poing. C’était l’une des rares photos où on les voyait tous les deux ensemble. Elle regretta tout à coup de ne pas avoir plus de photos d’eux deux ensemble. Elle s’endormit dans son lit avec l’album ouvert à cette page.

Lisa avait un sommeil agité, comme presque chaque nuit. Cette nuit en particulier n’échappait pas à la règle. La jeune fille se réveilla presque toutes les heures, et à chaque fois qu’elle ouvrait les paupières, elle jeta un regard vers sa porte pour voir si une lumière filtrait de l’autre côté, signe que son petit frère était rentré, car il ne pouvait pas s’endormir sans veilleuse. Mais à 7h48, son chat-réveil, Vicky, poussa la porte de sa chambre et grimpa dans son lit pour son câlin du matin. C’était presque un rituel. Chaque matin, Vicky entrait dans la chambre de Lisa pour la réveiller. Chaque matin, c’était le ronron et le câlin du félin qui la sortait de ses rêves. Et aujourd’hui, à cette heure où il faisait déjà clair, où le soleil était déjà levé depuis une heure, la lumière extérieure était plus forte que la veilleuse. Lisa se leva aussitôt, après une brève caresse à son chat, pour rentrer dans la chambre de son frère et voir par elle-même s’il était là ou non. Sans se demander si son père était rentré, elle pénétra dans la chambre interdite et grimpa les six marches de l’escalier qui conduisaient au lit en hauteur. La couverture en polar toute douce et aux motifs d’ours polaire était toujours défaite. Il n’y avait pas âme qui vive dans cette pièce qui sentait son petit frère. Triste et ne sachant que faire, Lisa s’enroula dans les ours polaires et se recroquevilla, des larmes plein les yeux. Elle allait se rendormir un peu plus tard.

Ce nouveau cycle de sommeil fut bénéfique pour ses idées. Dès son second réveil, 45 minutes plus tard, Lisa affichait un sourire déterminé. Qui d’autre qu’un enfant pourrait en retrouver un autre ? Qui d’autre qu’elle serait capable de retrouver Mathieu ? Pourquoi n’avait-elle pas eu cette idée hier ? Elle se mettrait à sa place, elle irait là où il aimait aller, elle grimperait aux arbres et se faufilerait dans les cachettes les plus improbables. Elle connaissait son frère mieux que quiconque ! Elle avait beau dire à tout le monde qu’elle ne l’aimait pas, ce n’était pas vrai à cent pour cent. Elle l’aimait quand même, un tout petit peu. Il était son seul frère, son seul petit frère.

Afin de pouvoir encore mieux cibler ses cachettes préférées, Lisa commença par fouiller toute sa chambre. Encore un autre rêve qu’elle accomplissait ! Cette tâche depuis longtemps désirée était nécessaire aujourd’hui. Même si une petite, une toute petite partie au fond d’elle regrettait de faire ça dans son dos, car elle aimait bien qu’il soit là pour la sermonner, ou l’insulter. Il ne savait pas se fâcher. Il ne savait pas dire de gros mots. Il devait tout le temps copier sur elle. Comme elle lui criait dessus souvent, il faisait pareil. Comme elle lui arrachait les objets des mains, il faisait pareil. Mais ça n’avait pas le même résultat dans ce petit corps tout fin, au visage d’ange. Il essayait de faire sa place avec cette sœur imposante, grande et forte, mais ce n’était jamais facile. Elle avait toujours le dessus, même quand elle avait tort. Alors Mathieu allait rapporter aux parents, c’était là sa dernière solution.

Lisa pensa à tout ça, à sa façon de se disputer avec son frère, presque quotidiennement, à sa vie future s’il venait à ne jamais revenir… Elle chercha un trésor, un secret qui lui aurait permit de sortir de la maison, de se diriger vers une cachette dans le village pour crier haut et fort qu’elle l’avait retrouvé. Elle vit tout de suite le terrarium avec ces escargots et son cœur se serra une nouvelle fois. Qui allait s’occuper de ces bestioles ? Si elle ne le faisait pas, elle était sûre que personne d’autres ne le ferait. Persuadée qu’on allait retrouver son frère ce matin, elle souleva la grille du terrarium pour enlever les feuilles vertes qui étaient à moitié dévorées. Même si elle était sûre que son petit frère ne remarquerait même pas qu’elle s’était occupée de ses petites bestioles rampantes et gluantes, elle voulait qu’il soit content de rentrer à la maison et de retrouver ses amis sains et saufs. Quand elle prit une grande feuille de salade parsemée de trous, elle remarqua un petit morceau de carton dépasser de la terre. Un escargot, le numéro 2, était occupé à grimper dessus et à laisser une trace toute humide et brillante. Elle se força ne pas penser à la fragilité de la coquille de l’escargot, le souleva délicatement entre son pouce et son index pour le déposer un petit peu plus loin. Tout aussi minutieusement, elle déterra ce qu’elle pensait être une carte aux trésors, mais c’était encore mieux que ça : une boîte en carton semblable à celle qu’il avait reçu dernièrement de l’épicier ! Lisa allait percer son secret, elle était trop contente ! Elle ne pensa déjà plus à le retrouver, à le serrer dans ses bras (chose qu’elle ne fera jamais, ce serait montrer à tout le monde qu’elle avait de l’affection pour lui !)

Lisa ne se doutait pas qu’il y cachât des squelettes d’animaux. Juliette, leur mère, savait pourtant qu’il en avait trouvé un, mais elle ignorait que les petits colis de l’épicier en contenait d’autres.

Tout à coup, pour Lisa, la disparition de son frère lui convenait une fois de plus. Intérieurement, elle rigolait à l’idée qu’ils seraient bientôt à égalité niveau secret.

« S’il revient ! Oh ! Pitié, faites qu’il revienne quand même ! » pensa-t-elle tout bas.

Atelier d’écriture avec Katia Lanero Zamora

Tous les samedis après-midi du mois de septembre, je participe à l’atelier de Katia, à la bibliothèque La Bila, la bibliothèque des littératures d’aventures de Beaufays.

Samedi passé, premier atelier. Découverte du thème : le fantastique. Rencontre avec les autres participants. Nous sommes huit.

Après avoir pioché deux mots, deux noms communs, dans un livre, il nous fallait trouver un titre et écrire pendant une heure. D’autres petites consignes sont venues se rajouter à ces deux mots. Voici mon texte. J’avais écrit à la main (aïe aïe aïe) et le soir, je l’ai réécris sur l’ordinateur. J’ai tout mis au présent et ai corrigé des incohérences, ainsi que rajouté l’un ou l’autre détails, mais vraiment pas grand chose 🙂

La curieuse barque

Tom, petit Tom, se rend chaque matin, avant le lever du soleil, au fond du jardin.

Au fond de ce jardin, un lac. Sur ce lac, une barque. La barque appartient à sa famille.

Tom habite avec ses parents dans une maison, une ancienne ferme. Pas ou très peu de voisins aux alentours. Tom est enfant unique. Il a 8 ans. Il n’est plus un bébé, il est grand à présent.

Voilà six semaines qu’il nourrit, à l’insu de ses parents, une famille de chats. Une maman et ses trois chatons. Tom les cache dans la barque, sur le lac. Sous une couverture, ils sont à l’abri, au chaud et au sec.

Le printemps est proche. Tom doit se lever, chaque jour, un peu plus tôt pour ne pas se faire prendre. Il ne sait pas comment, mais sa maman se réveille en même temps que le soleil, été comme hiver ! Dès qu’il voit le ciel se couvrir de rose, d’orange, il rentre dard-dard, sur la pointe des pieds.

Se réveiller si tôt le fatigue, mais voir les chatons grandir le met dans une si grande joie qu’il en oublie rapidement qu’il manque, chaque jour, de plus en plus de sommeil.

Avant-hier, petit Tom, qui n’est plus si petit, a commencé à avoir peur. Car avant-hier, la barque qui sert de refuge aux petits chats, et qui d’habitude est toujours attachée par une corde courte, a changé de place ! Tom n’a pas prêté attention à la longueur de la corde, ni à sa couleur : couleur de nouveauté. Non, ce qui l’a intrigué, c’est que la barque se trouvait alors à trois enjambées plus loin. Et toujours attachée…

Hier, à cinq heures tapantes, Tom s’était imaginé que la barque, en plus de s’être encore déplacée de quelques centimètres, s’était également mise à grandir !

Les trois chatons qui grandissent, eux, normalement, ont étrangement encore toute la place pour se dégourdir les pattes, autant de place qu’à leur naissance.

Bizarre !

Au début, c’est-à-dire avant-hier, Tom croyait qu’il s’était imaginé tout ça. Qu’il avait dû rêver. Qu’il était fatigué et avait dû sûrement s’endormir debout. Une barque en bois, ça ne grandit pas. Le bois, c’est mort. Ça grince, ça craque, ça se fend, mais ça ne pousse pas !

Aujourd’hui, Tom a pris, en plus des croquettes pour la maman et d’une bouteille d’eau fraîche, un mètre. Enfin, sa latte d’école. Il n’est pas arrivé à ouvrir la boîte d’outils de son père. En plus de tout ça, il sort de son sac à dos, un carnet à spirale et un crayon. Il a déjà commencé à noter la date et il a laissé la place pour inscrire, sous la date du jour soulignée, les mesures de la barque : longueur et largeur.

Mais au moment où il s’apprête à tirer la corde pour ramener la barque près de lui, celle-ci s’est volatilisée ! Pfffuit ! Disparue !

Tout du moins, c’est qu’il croit au premier regard, car au bout de la corde, il n’y a rien. Avec son cœur qui bat plus vite, il tourne la tête à gauche, et là, ouf ! Il la voit : la barque. Elle n’est plus attachée, mais flotte librement à trente centimètres du bout de son jardin. Trois mètres plus loin que là où il l’avait laissée hier. Attachée.

Plus l’enfant s’approche de la barque, plus celle-ci s’éloigne.

Tom s’arrête de marcher. Il appelle les chats. Il ne voit que leur tête dépasser. Trois têtes. Le compte n’est pas juste ! Il en manque un !

Cependant, il ne cède pas à la panique. Le petit tigré, noir et brun, l’unique tigré de la portée, peut très bien dormir au fond de la barque.

Tom fait alors semblant de ne plus se diriger vers la barque et tourne la tête dans la direction opposée. Discrètement, dos au lac, il ouvre sa boussole et fait apparaître un miroir. Il s’accroupit dans l’herbe humide et dirige le miroir de façon à avoir la barque en vue, sur le couvercle de sa boussole.

L’enfant doit se retenir pour ne pas crier ou se retourner.

Heureusement que la lune, pleine, éclaire encore la barque, sinon il aurait pu croire qu’il hallucinait !

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Tom distingue clairement le mouvement de la barque ! Elle bouge. Toute seule ! Pourtant le lac est calme. Pas de gros poisson, ni de castor ou de rat musqué nageant qui pourrait expliquer ce mouvement… Et tout doucement, la barque se rapproche de la berge. De la berge et de Tom qui est toujours dos à elle. Plus près de lui, la barque n’apparaît plus en entièreté dans son miroir. Il sort alors quelques croquettes qu’il jette par-dessus ses épaules pour inciter la maman à sauter de la barque et à le rejoindre.

Dehors, pas un bruit. Pas le moindre chant d’oiseau. Pas de vent soufflant, ni de pluie bruyante.

Plus un mouvement. La barque s’immobilise. Tom aussi. Il tremble comme une feuille. De peur. Il doit aussi faire pipi.

Tout à coup, de petits miaulements percent le silence de mort. Tom ajuste sa boussole de façon à avoir le bout de la barque visible dans son miroir.

Un à un, il voit les petits minous sortir de la barque pour sauter sur la terre humide. Il y a d’abord Chaussette qui saute maladroitement ; le plus grand des chatons a été appelé ainsi, car il a le bout de ses quatre pattes, blanc. Ensuite, vient le tour de La Boiteuse. Tom suppose que c’est une femelle, car elle a une toute petite voix, aigue, timide. Boiteuse, car l’une de ses pattes avant est tordue et le chaton ne sait pas s’en servir, mais que cela ne l’empêche pas de sauter comme son frère. Enfin, saute gracieusement la maman. Pas de doute, il manque Gourmand, le dernier chaton à l’appétit insatiable !

Mais où est-il passé ? Tom n’ose pas se retourner et fouiller la barque à sa recherche. Il jette le reste de croquettes n’importe où, laisse la bouteille d’eau ouverte, contre une pierre devant lui et essaie de réchauffer ses mains glacées. Ses dents claques. De froid. De peur.

Treize minutes se sont écoulées depuis que Tom est sorti de la maison.

Il ne fait plus nuit noire à présent, mais le soleil n’est pas encore levé, ni sa maman.

Toutefois, en avançant vers la porte, la barque toujours en ligne de mire pour être sûr qu’elle ne va pas le dévorer tout cru, Tom voit distinctement que non seulement la barque est plus petite, mais qu’elle a pris en plus une étrange couleur sombre, tigrée de noir et de brun, comme le pelage de Gourmand !

Barque, Hiver, Étang, Gris, Calme, Campagne

photos : pixabay (clic sur les photos)

Livres conseils pour écrire des contes

Pour les ateliers Nano Contes que je vais mettre en place, je serai épaulée par deux livres, mes guides, mes conseillers en matière d’écriture de contes :

« J’écris des nouvelles et des contes », par Louis Timbal-Duclaux (1999) et « Écrivez un roman en 30 jours, pas de panique, grâce au Nanowrimo », par Chris Baty (2014).

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Si j’ai eu l’idée de ces ateliers, je n’en serai pas l’unique animatrice ! Grâce à votre présence, vos idées, votre énergie, vos expériences, vos partages, vos conseils, ces ateliers se développeront grâce à cette synergie commune ! Et puis, si nous sommes nombreux, nombreuses, il faudra trouver un local plus grand que mon salon ha! ha!

J’ai déjà eu l’occasion de participer à des ateliers d’écriture sur le conte avec Chantal Devillez, Christian Schaubroeck et Nadège Guillaume, et j’apprends à conter avec Chantal Devillez et bientôt avec Stéphane Van Hoecke. Avec tout ça, je précise que je ne suis pas une professionnelle ni de l’une ni de l’autre activité. J’écris, je lis, je conte, par plaisir, parce que j’aime, mais que je ne veux pas en faire une source de revenu 🙂

Et comme avec les années qui passent, j’ai de plus en plus de mal à écrire seule chez moi (enfin, seule, c’est tout relatif, je suis entourée de mes deux enfants, de mon compagnon et de nos trois chats !), j’essaie de participer à des ateliers ou de mettre en place des rencontres qui me permettent de partager ces mêmes loisirs.

Bientôt, je mettrai en ligne le programme de ces 5 rencontres Nano Contes. Il y aura 4 soirées en semaine (probablement le mardi soir de 19h à 22h) et un samedi ou dimanche après-midi.

Il faudra aussi prévoir 5 autres rencontres pour corriger, améliorer nos contes, les préparer en lecture à voix haute ou apprendre à les conter. Et puis, surtout, il faudra prévoir une date où nous inviterons tous nos amis et nos amies (et notre famille) à venir nous écouter. On pourrait même prévoir une auto-publication du recueil si cela vous tente.

Bref, voilà mes idées en vrac… si vous en avez aussi, n’hésitez pas à commenter cet article ou à m’envoyer un mail ou réagir sur FB ou Insta 😉

Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (7)

Chapitre 7

Le soir tombait dans le village. Plusieurs groupes de gens parcouraient les rues, les ruelles et les moindres recoins à la recherche de Mathieu. Il n’était pas rentré chez lui après la fête de l’après-midi. L’infirmière de la résidence pour personnes âgées ne cessait de raconter avoir été témoin d’un incident avec l’enfant et le petit vieux qui était mort tout à l’heure. Tout le monde pensait que le garçon avait pris peur et qu’il s’était enfuit se cacher. Peut-être s’était-il aventuré tout seul dans la forêt ? Tout seul, à 8 ans ? Ses parents n’y croyaient pas. Lisa, elle, enrageait. Il fallait toujours qu’il attire l’attention sur lui, même quand elle avait failli y laisser sa peau dix jours plus tôt ! Elle était davantage jalouse qu’inquiète et ne prenait pas part aux recherches, restant dans sa chambre à bouder.

Mathieu était toujours dans le trou, quelque part en dessous du cimetière près de l’allée consacrée aux chiens. Il avait repris conscience et les dernières images qui s’évaporaient dans son esprit étaient celles de sa première rencontre avec l’épicier. Pourquoi y repensait-il tout à coup ? Le fait qu’il se trouvait dans le cimetière y était sûrement pour quelque chose. C’était là où il avait croisé Sean et qu’il avait vu son premier squelette de souris. Il avait même cogné l’épicier. Ou plutôt, était-ce lui qui l’avait bousculé ? Il ne savait plus trop, une douleur fulgurante lui cognait dans sa tête et rendait ces souvenirs un peu imprécis. Il pouvait sentir les battements de son cœur à l’endroit de la blessure. Il saignait, il en était sûr. Il n’aimait pas le sang, pas le sien. Celui des autres, ça ne lui faisait pas le même effet, mais le sien, il en avait peur. Il savait combien de litres de sang il avait dans son corps, mais il était incapable de mesurer la quantité qu’il perdait lors d’une blessure. Quand il s’égratignait le genou lors d’une chute, c’était une petite blessure, il ne perdait pas un litre, pas même la moitié, ni même le quart. Mais ici, sur la tête, il était sûr qu’il pouvait presque remplir la gamelle de ses chats avec ce qui s’en allait de son cuir chevelu. Il n’osait pas toucher l’arrière de sa tête pour vérifier la taille de sa plaie quand il perçut une voix. Cette voix, toujours cette voix. Il l’a reconnaissait à présent ! C’est d’ailleurs grâce à elle qu’il s’était réveillé, qu’il avait repris connaissance. Quelqu’un parlait tout près de lui ! Enfin, ce n’était pas vraiment tout près, mais ce n’était pas loin. Mathieu avait beau écarquiller les mirettes, il ne voyait rien. La voix était proche et loin en même temps. Il était un peu comme dans un tunnel, il y avait une sorte d’écho et les voix lui parvenaient par à-coups, il ne comprenait pas tout et captait un mot sur deux ou sur trois. L’enfant se souvenait à présent du moindre détail de sa première visite dans ce cimetière. Oui c’était l’épicier qui lui avait foncé dessus ! Et non lui. Quoique s’il avait levé la tête, il l’aurait vu… en fait, ils étaient tous les deux dans leurs pensées quand ils s’étaient rencontrés, lui pensait encore au puits et à sa légende.

C’était au milieu du mois d’août, il y a pile un mois, jour pour jour.

— Je ferais mieux de passer à autre chose, dit Sean, toute en pensées, tellement préoccupé qu’il n’avait pas vu le petit garçon s’avancer vers lui.

— Aïe ! cria le blondinet en tombant sur les fesses.

 Sean, cet épicier et ancien prisonnier, se confondit en excuses et releva le petit bonhomme. Mathieu n’accepta pas la main qui se tendait vers lui et recula même, prenant peur en voyant le visage de l’épicier avec ses grands yeux bleus très, trop clairs, sa longue cicatrice toute boursouflée sur sa joue et sa tête sans cheveux.

 — C’est la première fois que je te vois par ici… Tu es nouveau dans le village, non ? demanda Sean en s’inquiétant sincèrement de la douleur qu’il avait pu causer à ce petit garçon. Ça va, tu n’as pas trop mal ? Comment se passent tes vacances ?

 Mathieu, 8 ans, timide, renfermé, craintif et à la limite de l’autisme, n’avait pas besoin de se rappeler qu’on ne parlait pas aux inconnus. Il baissa la tête et observa plutôt le curieux objet qui était tombé de la main de l’épicier quand celui-ci l’a percuté. La chose était blanche, pas très grande, et était-ce à cause de l’endroit où ils étaient, dans ce cimetière pour animaux, ou à cause de la dent orange qui pointait du bout de l’objet blanc, que Mathieu pensa immédiatement à un crâne d’un animal. Son imagination débordante avait même inventé cette histoire où l’épicier aurait tué de ses propres mains l’animal, mangé puis nettoyé le cadavre pour garder en souvenir le squelette de sa victime.

Sean n’attendit pas de réponse à ses questions lorsqu’il observa la réaction du gamin face à l’objet qui se trouvait désormais à terre, indemne sur le gazon. L’épicier n’avait pas d’enfant, il ne savait donc pas comment réagir, que faire, que dire à ce petit bout visiblement apeuré (ou curieux ?) par sa découverte. Sans le toucher, il essaya d’expliquer d’où venait ce crâne, comment il l’avait trouvé, pourquoi il l’avait gardé et ce qui s’apprêtait à faire avec quand ils se sont cognés. Mais Mathieu était déjà parti dans son monde. Plus rien autour de lui n’avait d’importance. Trop d’émotions un si peu de temps pour lui. Plus un seul bruit, plus un mouvement ne pouvait désormais l’atteindre. C’était le silence total. Emmuré dans ce corps dans lequel il se sentait mal tout à coup, Mathieu se releva, et sans plus attendre se remit en route vers sa maison. 10 mètres. Il avait une cinquantaine de mètres pour arriver chez lui. 20 secondes, c’est le temps qu’il allait mettre pour monter les 2 marches de l’entrée, ouvrir la porte, monter ensuite l’escalier qui allait le conduire à sa chambre. But final. Sa chambre, son refuge, son abri, sa cachette, son bouclier.

De là où ils étaient, Sean pouvait voir la maison où ce gamin entrait. Un petit nouveau, c’est sûr, car avant, cette maison était abandonnée depuis des années, tant d’années qu’on avait failli la détruire. Les derniers propriétaires avaient été la famille Dewit, cette famille qui avait perdu un enfant, il y avait déjà si longtemps. Un enfant de l’âge de ce petit garçon. Aussi blond que lui.

Sean le Collectionneur ramassa son précieux et le redéposa plus loin, toujours à terre, dans un endroit discret hors du chemin mais où il était sûr que le petit aurait pu le trouver rapidement. Puis, il tourna le dos à la maison du gamin et s’enfonça dans ce cimetière qu’il connaissait comme sa poche.

 Dewit ? Mathieu se demanda bien d’où il avait pu pêcher ce nom. Il se remémora encore une fois la scène, mais non, vraiment, l’épicier n’avait pas prononcé ce nom quand ils s’étaient rencontrés. C’était à peine s’il lui avait parlé, maintenant il se souvenait.

 —… comme autrefois avec le petit Dewit, entendait-il distinctement à présent !

— Ouais, t’imagine ? Même âge, même couleur de cheveux. C’est flippant quand on y pense, tu ne trouves pas ?

 Mathieu, inconsciemment, s’était arrêté de respirer pour mieux écouter la conversation qui lui parvenait tout à fait clairement. L’une des voix, nasillarde, il savait à qui elle appartenait : à l’épicier ! Mais à qui parlait-il ? Et qui était « le petit Dewit » ? Un autre enfant ? Blond comme lui ? Il aurait aussi disparu ? Mais quand ? Comment ? Et pourquoi ?

Avec toutes ces questions qui se bousculaient dans sa tête, Mathieu oublia un peu la situation délicate dans laquelle il se trouvait. Il ne savait pas s’il voulait qu’on l’aide à sortir de là ou s’il préférait se débrouiller par lui-même. Surtout, il voulait découvrir qui était ce Dewit qui avait la même couleur de cheveux que lui et qui avait son âge.

 Les voix s’éloignaient doucement, mais elles restaient audibles. Le blondinet, toujours aveugle par l’obscurité totale qui régnait à cet endroit, tâta partout autour de lui pour essayer de comprendre où il se trouvait. Il était au cimetière quand il était tombé, il n’y avait pas le moindre doute sur ça. Était-ce le trou d’une tombe pour un animal mort dans lequel il avait chuté ? L’idée de toucher des vers de terre et autres bestioles nécrophages ne le rassura pas trop. À présent qu’il pensa à ça, il craignait de tomber sur le cadavre d’une bête en décomposition. Il n’osait plus trop tendre ses bras pour palper de ses mains tout ce qu’il touchait. Avec ses pieds, il balayait le sol et tapotait sa surface inégale. Ses chaussures ne faisaient pas de bruit et malgré ses jambes tendues, il ne rencontrait aucun obstacle. Il se mit alors à quatre pattes et décida d’explorer son trou.

 À la surface, Sean et la factrice cheminaient dans les allées du cimetière. Entre les tombes des chiens, des chats et même des furets, une lampe torche à la main, chacun écartait le moindre buisson et appelait l’enfant par son prénom : Mathieu, Mathieu, où es-tu mon garçon ? Toutes les dix minutes environ, la factrice s’arrêta, éplucha quelque chose, porta une main à sa bouche et de l’autre, jette à terre les déchets. La progression de Mathieu était aussi rapide que les épluchures de pipas qui tombaient par terre, c’est-à-dire qu’il avançait doucement mais sûrement au travers d’un dédale de couloirs sous-terrains. Après avoir tourné deux fois et s’être couché ventre au sol trois fois, Mathieu avançait à un rythme plus rapide, il n’hésitait plus quand il devait ramper ou qu’il pouvait se redresser. Il sentait les parois s’agrandir ou se rétrécir comme s’il lui avait poussé des moustaches de chat sur ses joues toutes lisses. Après un temps que lui seul ne pouvait pas déterminer avec précision, mais qu’il estimait s’approcher d’une heure pleine, il déboucha à un endroit où du béton avait remplacé la terre et où la superficie au sol lui permettait de se tenir droit et d’écarter bras et jambes sans toucher le moindre obstacle. Hésitant s’il pouvait quand même continuer son exploration, craignant tomber à nouveau dans un trou, l’enfant s’arrêta. Sans s’en rendre véritablement compte, ses pupilles s’étaient habituées à l’obscurité et au risque de paraître ridicule (c’était vraiment le cadet de ses soucis, car il était absolument seul), il se demanda s’il n’avait quand même pas du sang félin qui coulait dans ses veines. Dans un cercle de 3 mètres autour de lui, il n’y avait pas le moindre trou. Les parois semblaient même luire d’une étrange lueur, comme si des lucioles s’affairaient à éclairer les murs. Mathieu se rapprocha de la paroi la plus proche. À moins de vingt centimètres, il pouvait sentir une chaleur diffuse, mais douce sortir des fêlures de la roche. La fatigue, la faim, et une légère inquiétude qu’il n’admettrait jamais se lisait sur son visage.

Pourtant, à moins de 3 mètres au-dessus de sa tête, tout le village le cherchait encore. Bien sûr ! L’épaisseur des parois et la matière utilisée à cet endroit ne permettait plus au garçon d’entendre la moindre voix. Alors qu’il allait s’endormir en se disant qu’il aurait les idées plus claires au lever du jour, Mathieu reçut sur sa tête des déchets légers, mais un peu rigides. Il jeta sa tête en arrière et reçu une nouvelle petite coque vide de graine de tournesol, presque dans l’œil cette fois. Quand l’avalanche de carcasses de fruits sec fut terminée, il put discerner le faisceau d’une lampe balayer l’endroit, mais cette vision fut de courte durée, car la terre au-dessus de lui se referma comme une bouche.

« J’y verrai sûrement plus clair demain », se disait-il en secouant la tête. Et il shoota dans les épluchures de pipas en râlant sur les gens sans gêne qui jetaient leur déchet par terre. « Aucun respect », râlait-il en étant heureux de ne pas recevoir un gros mollard sur le visage.

Quelques heures plus tard, ne sachant plus où donner de la tête, où se diriger, il s’endormit à même le sol, près de la paroi en granit qui dégageait un peu de chaleur. Les nuits devaient être plus fraîches, il était plus prudent de rester près d’une source de chaleur dans cet endroit inconnu.