Coup de mou et petit jeu avec Story Dice

Je ne sais pas ce qu’il se passe en ce moment chez moi : j’ai envie de reprendre l’écriture, la création, les contes, mais j’ai du mal à ouvrir mon pc et à lire ou réécrire sur l’ordi pour vous partager ce que j’ai fait. Et même « pire » : une fois que j’ai eu une idée (de texte, de petite histoire, d’un haïku,…), soit je l’écris sur un petit bout de papier, au mieux dans un carnet et puis… pfff plus l’envie de le mettre au net, de lui donner meilleure forme, de corriger des fautes (désolée Béa, j’ai pris note de toutes les coquilles que tu as relevées dans mon histoire, mais je n’ai pas encore corrigé l’original, malgré ma promesse 😔)

Comme je pense que ce n’est qu’une fatigue accumulée et excessive qui est la cause de mon état actuel, je me force à me « bouger » et à réagir. (Voir mon compte Insta : ecrimagine où j’ai posté une photo et un haïku suite à une petite blessure faite ce jour en me cognant. Ma distraction m’a inspiré et insufflé cette petite action)

C’est ainsi que j’ai donc réinstallé sur mon smartphone l’application story dice. J’ai lancé les dés (secoué mon téléphone), j’ai noté les 7 éléments puis… sur ma pause de midi au travail, dans un parc, à l’ombre sur un banc et table en bois, j’ai écrit le petit texte plus bas.

Je le réécris sur mon smartphone, assise en tailleur dans le fauteuil au salon avec de la musique sur mes oreilles 🎼🎵 et mes chatons à mes côtés 🐈

Les 7 images/actions des dés :

☆ valise

☆ robe

☆ aimant

☆ (flocon de) neige

☆ 2 phylactères = discussion

☆ haut-parleur

☆ (smiley représentant la maladie) fièvre

Charline devait aller porter une valise à sa grand-mère. Sa Nany était malade et avec sa fièvre, elle n’osait pas sortir. Surtout que dehors, de gros flocons de neige dansaient dans les rue de Liège.

C’était l’hiver et, à 17h30, il faisait déjà sombre malgré la blancheur de la neige qui persistait sur les pavés de la ville ardente.

Charline n’était plus très loin de l’appartement de sa Nany. Soudain, elle aperçut une robe rouge par terre !

Attirée comme par un aimant par cette robe colorée, la jeune femme s’arrêta un instant, se pencha pour ramasser le vêtement et regarda autour d’elle.

D’habitude, cette heure « de pointe », il y avait toujours du monde dehors, mais en cette fin d’après-midi, Charline était toute seule !

Elle ouvrit alors la valise de sa grand-mère et y déposa la robe.

Quand elle arriva devant l’immeuble de sa Nany, Charline appuya sur la sonnette située tout en haut à droite du grand cadre métallique.

– Oui, c’est pourquoi ? Lui répondit une voix grave, assurément pas celle à laquelle elle s’attendait.

– C’est moi, Charline, est-ce que Nany va bien ? Elle n’avait pu dire autre chose, prise au dépourvu…

– Que tu as une belle voix, Charline ! Nany se repose dans son lit, mais viens, monte donc la voir.

L’inconnu avait répondu avec une voix forte, à la fois aigüe et grave un peu comme si elle sortait d’un haut-parleur.

Avez-vous deviné à quel conte je pensais en écrivant ce petit bout d’histoire ? 😉

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Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (4)

Chapitre 4

Entre l’épicier qu’il fallait surveiller et la factrice bizarre, Juliette se faisait du mauvais sang. Elle s’inquiétait, elle stressait. Voilà une semaine que Mathieu avait reçu son paquet. Pour la première fois, il ne lui avait rien dit, rien montré, rien confié. Pour la première fois, Lisa avait échoué dans sa recherche sur la vérité. Elle avait fouillé, triché, utilisé tous les subterfuges, elle n’était pas parvenue à percer le nouveau mystère qui entourait son petit garçon.

La rentrée des classes était là. Premier lundi dans cette nouvelle école pour les enfants. Ce matin, il y avait un brouillard à couper au couteau. Lisa, qui avait des problèmes respiratoires par moment, un asthme intermittent qui l’obligeait à prendre des médicaments pour ne pas tousser incésemment, n’aimait pas quand il y avait de la brume, du brouillard, tout ce mauvais temps qui l’empêchait de vivre normalement.

Pour cette première journée particulière, Juliette accompagnait les enfants. Mathieu était plutôt serein contrairement à ce que redoutait sa mère. Fin juin, juste avant les vacances d’été, ils avaient pu visiter l’école, découvrir leur future classe et leurs instituteurs. C’était sûrement grâce à cela que le petit garçon se sentait moins nerveux. Il avait déjà pu voir l’endroit où il passerait huit heures par jour, cinq jours par semaine. Il avait pu parler brièvement à son instituteur. Même si après toutes ces semaines de vacances, il en avait oublié son visage, la disposition des bancs, quatre rangées sur trois, lui rappelait quelque chose, de même que les portes-manteaux et les fenêtres décorées avec des peintures d’enfants.

Alors que l’épicier n’avait pas d’enfant, il rôdait quand même aux alentours de l’école, sur la place de l’Orange, tout près du puits. Le puits et l’établissement scolaire n’étaient pas si éloignés l’un de l’autre. Certes, il y avait la boulangerie entre eux, mais nous étions lundi, celle-ci était fermée. Les gens du village qui le connaissaient ne s’en étonnaient plus. À chaque fois que le temps était opaque, que la brume déposait ses nuages humides dans le village, cet ancien détenu au visage mutilé, délaissait son épicerie pour se promener une dizaine de minutes près du puits interdit. La légende serait-elle vraie ? Un petit garçon apparaissait-il dans le puits, dans ce puits par ce temps flou ? Sean ne l’avouera jamais, mais c’étaient uniquement à ces moments-là qu’il pouvait converser presque normalement, se confier même, à un enfant qui ne s’encourait pas quand il le voyait.

La brume rendait la visibilité difficile, à tel point que les habitants d’un côté de la place ne voyaient que des silhouettes sombres bouger à l’autre bout. Le puits était là, à sa place depuis tellement d’années que plus personne ne prêtait attention à lui. Plus personne, sauf l’épicier. Certains superstitieux avaient voulu le détruire, comme tous ceux qui croyaient en cette légende, mais le bourgmestre du village n’avait pas accédé à cette demande justifiant que ce puits faisait partie intégrante du patrimoine et que c’était justement grâce à cette légende que les touristes du monde entier venaient encore jusqu’ici pour loger. La curiosité, il n’y avait que ça qui faisait vraiment vivre le village. Comment feraient tous ces petits commerces de proximités s’il n’y avait pas ces visiteurs venus d’ailleurs ? Il suffisait de 5 à 6 semaines de logement sur place pour faire la moitié de leur chiffre annuel ! Le bourgmestre aimait donner des détails, des chiffres. Il était né dans ce village, il y avait grandi, vieilli, et il y mourrait assurément. Et tant qu’il serait encore en vie, personne ne pouvait toucher à ce puits.

Autour du puits, la brume s’était opacifiée, devenant plus blanche, plus compacte. Selon l’endroit de la place où l’on se trouvait, on pouvait en effet discerner une tache jaune pâle flotter à 1,20 mètre de la planche en bois qui couvre le puits. Si on clignait rapidement des paupières, un visage rond se dessinait en dessous de cette tache. Et si on tournait légèrement la tête, d’un côté ou d’un autre, la vision périphérique de l’homme pouvait éventuellement capter deux bras levés, deux bras qui demandaient de l’aide. Si on ne fixait pas l’apparition, on devinait alors le corps d’enfant, plutôt frêle, presque nu, sans chaussures. L’épicier, qui était assis, une fesse sur le puits, fit semblant d’allumer une cigarette pour entamer la conversation avec La Légende. Sean n’avait jamais vu l’enfant de face. Il faisait confiance à sa bonne vue, il savait que les effets d’optique pouvaient exister, mais dès la première fois où il avait aperçu ce blondinet en clignant des yeux, il avait su qu’il ne s’agissait pas d’une illusion. Les illusions ne parlaient pas, ou alors seulement, parfois du bout des yeux !

En ce nouveau début d’année scolaire, en cette fin d’été, la vision s’éleva encore un peu plus pour mieux se fondre dans un filet épais. Dans un chuchotement, il prévint l’épicier :

— Et l’orange deviendra peur !

D’habitude, l’apparition ne faisait pas de prédiction ou de truc de ce genre. D’habitude, Sean et le blondinet parlaient du beau temps, de sa collection de crânes, de l’élevage de crevettes de la factrice, de la construction du café au-dessus de la ferme, mais jamais de faits graves. Sean lui demanda discrètement s’il savait lui en dire plus, s’il parlait de l’eau orange de la fontaine, si la peur avait un lien avec une catastrophe, un malheur, un accident, si cela concernait un enfant ou non. Mais l’apparition ne disait déjà plus un mot. Elle était partie comme elle était venue, en toute discrétion. Elle avait emporté avec elle un nouveau mystère. Pour l’épicier, cette mise en garde était sérieuse. En trois ans qu’il était là, en une dizaine de rencontres et de discussions avec La Légende, jamais il n’avait entendu de telles paroles qui prévenaient d’un danger imminent. S’il n’était pas le seul à apercevoir l’apparition, Sean se savait privilégié car personne d’autre ne parlait avec elle. Il garda donc cet avertissement pour lui, ne sachant pas à qui il aurait bien pu se confier.

La silhouette enfantine s’était évaporée tout comme le brouillard s’était levé subitement. Plus les secondes passaient, plus Sean devenait obnubilé par cette prophétie. L’épicier supposa que l’arrivée de cette nouvelle famille dans le village venait de pair avec la prophétie. La coïncidence était trop grande pour qu’il ne fasse pas attention à ce signe. Sean se mit en devoir de surveiller et de protéger le petit Mathieu. Il en était sûr, cela le concernait, il le sentait au plus profond de lui, sa cicatrice sur la joue ne le trompait pas, jamais, elle le démangeait beaucoup plus quand il avait raison, quand il suivait ses intuitions.

À quelques pas de là, à l’école, ce premier jour se passa sans le moindre souci. Les nouveaux élèves furent rapidement connaissances avec leurs camarades, et les instituteurs, au nombre d’un pour deux classes, étaient de bonne humeur et rendaient cette journée particulière pour les enfants, exceptionnelle. L’ambiance était à la découverte du programme scolaire, de la nouvelle tête du professeur d’éducation physique et bien sûr, de la liste des incontournables matériels indispensables. Le journal de classe était toujours attendu avec impatience ; cette année, c’était un artiste peintre qui avait illustré la couverture et c’était l’institutrice des « moyens » qui avait égrainé les semaines d’expressions et d’autres citations connues.

La première puis la seconde récréation de la journée s’écoulait dans les rires et la joie des enfants. La brume levée, le soleil dominait à présent pour le reste de la journée. Les températures montaient rapidement dès onze heures. Il fait 25 °C vers les coups de quinze heures quand la cloche sonnait la fin de ce premier lundi.

Mathieu était souriant, il s’en allait tout seul vers la sortie, oubliant d’attendre sa sœur qui traînait déjà, bavardant, insouciante comme Lisa savait l’être. Pour elle, cette première journée d’école s’était soldée avec la connaissance de deux filles de sa classe et d’un garçon canon d’un an son aîné, qui était également dans sa classe, mais en dernière année primaire. Elle appréciait ce regroupement de niveaux, elle s’entendait mieux avec les enfants plus âgés.

L’école, située à droite, tout au bout de la place d’Orange voyait tous les enfants s’éparpiller dans toutes les directions. Mathieu, joyeux, faisait halte à la fontaine. Comme il l’avait déjà fait auparavant, il cueillit dans ses paumes un peu d’eau orange et la porta à ses lèvres comme s’il s’agissait d’une quelconque potion magique. L’eau, très goûteuse, ne collait pas, ne tachait pas. Le petit garçon, d’un air malicieux, attendit que Lisa soit tout près de lui pour l’asperger. Mathieu était euphorique, très, trop. C’était tout à fait inhabituel. Désinhibé, sûr de lui, il riait aux éclats, courrait autour de la fontaine, aspergeait Lisa en claquant sa main dans l’eau, puis levait la tête en arrière et ouvrait grand la bouche pour attraper quelques gouttes oranges qui retombait un peu partout. Lisa ne le reconnaissait pas, lui d’habitude si calme, introverti, timide, voilà qu’un démon avait pris possession de son corps ! Tout le monde autour d’eux souriait, certains se moquaient de lui, d’autres disaient qu’il est saoul et s’en indignait vu son jeune âge. Lisa, elle, commençait à avoir peur. Elle ne savait pas ce qu’elle devait faire, mais voir son petit frère aussi excentrique, aussi fou, aussi hors de lui la mettait très mal à l’aise. D’une impulsion subite, elle l’attrapa par la main et l’éloigna de la fontaine. Puis une claque aussi soudaine que brutale le gifla sur la joue. Lisa avait tant rêvé faire ça un jour ! Mathieu, une main sur son visage, raide comme une statue, commença à pleurer. Et c’est là, entre deux sanglots et une vue quelque peu brouillée, qu’il vit une tache orange sur le t-shirt de Lisa, juste au col. Tout en se frottant la joue, et en continuant de chouiner faisant croire qu’elle l’avait presque tué, il observa la tache s’accroître. Il n’osa rien dire à celle qui venait de le frapper. Petit à petit, d’autres taches, de la même couleur, auréolaient les vêtements de sa sœur. Les vêtements, puis la peau ! Lisa ne remarqua rien de tout cela, elle était encore impressionnée par le changement de comportement de son petit frère. Elle ne prêta même pas attention au doigt de Mathieu qui la montrait. Elle ne réalisait pas ce qu’il se passait quand elle commença à se gratter au cou, puis en dessous d’un bras, puis de l’autre pour finalement être prise d’une crise d’urticaire sur le moindre centimètre du dessus de son corps. Très vite des plaques rouges, boursouflées firent leur apparition. La jeune fille fut prise par une quinte de toux. Tout alla très vite ensuite. Son asthme se déséquilibra, l’air resta comprimé dans ses poumons, son thorax se creusa. Elle manqua s’étouffer ! Mathieu assista à cette subite poussée d’asthme et eu le réflexe d’aller chercher l’inhalateur de sa sœur qui se trouvait, normalement, toujours dans son cartable. Ce médicament de secours était justement là au cas où elle était prise d’une crise subite. La souffrance se lisait sur le visage de Lisa, elle était devenue très pâle, ses lèvres étaient bleues, ses yeux inondés de larmes et de panique.

Un témoin de la scène avait été chercher la pharmacienne. Celle-ci, tout en ronchonnant parce qu’on la faisait sortir de sa boutique, arrivait quand même avec un médicament dans sa main.

— Tiens, avale ça tout de suite. Tu fais une crise d’allergie, lui dit-elle en la forçant à boire le petit gobelet d’eau et le comprimé, minuscule et rond.

Les secondes furent interminables, les minutes inquiétantes. L’état de Lisa se stabilisa lentement. Lentement, mais sûrement. Mathieu s’était enfoui quand tout un attroupement avait commencé à se former autour de Lisa et de la pharmacienne. En un temps record, il était rentré à la maison et avait tout expliqué à sa mère qui allait justement sortir pour les retrouver en chemin.

Moins d’un quart d’heure plus tard, ses parents étaient sur la place de l’Orange. Les joues de leur petite fille avaient retrouvé le rose habituel, ses lèvres étaient de couleurs normales et le mouvement respiratoire de sa cage thoracique avait également repris un rythme habituel. Mais les plaques orange étaient toujours présentes. Elles grattaient simplement un peu moins. Lisa était fatiguée, elle voulait dormir ! André, malgré des douleurs toujours présentes à son épaule et le poids important de sa fille, la porta dans ses bras.

Sean, lui, resta figé. « Et l’orange deviendra peur » prend tout son sens. Il n’osa même pas se retourner pour regarder le puits. Il savait que son ami avait vu juste. Il supposa que le médecin ira voir la petite à la maison et lui dira qu’elle était allergique à l’eau de la fontaine. On lui fera une prise de sang pour confirmer ça, une seringue, du sang, tout ce qu’il a en horreur.

Il se demanda néanmoins si d’autres personnes allaient devenir subitement allergique à cette fontaine, symbole de joie et de retrouvailles sur cette place.

Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (3)

Chapitre 3

L’impasse des Mésanges doit son nom à l’ornithologue Audubon qui vécut dans ce village durant son enfance dans la fin du XVIIIe siècle. Tout jeune qu’il était, Audubon connaissait sur le bout des doigts pas moins de vingt-quatre espèces d’oiseaux. Il était capable de les reconnaître visuellement, mais aussi grâce à leur chant. Il surprenait tout le monde en mentionnant non seulement le nom complet de l’oiseau, mais également son nom scientifique, en latin ! Un jour, alors qu’il avait seulement six ans, il passa tout un après-midi dans une impasse à soigner une petite mésange tombée du nid. En cherchant l’abri du pauvre petit, Audubon remarqua que dans le seul marronnier qui se trouvait à proximité, il n’y avait pas moins de six couples de mésanges charbonnières, quatre couples de mésanges bleues, deux de mésanges noires et un seul de mésange huppée. En sachant que certaines espèces de mésanges sont capables d’avoir une dizaine d’œufs en une seule ponte, et que si la saison est « bonne », elles peuvent avoir jusqu’à trois pontes par an, Audubon calcula que bientôt, il y aurait plus de cent petites mésanges en apprentissage de vol et qu’il n’avait pas bientôt fini de se faire du souci pour elles. Audubon fit sa première expérience de bagage de la sorte et constata, grâce au fil qu’il accrochait aux pattes des petites mésanges, que celles-ci revenaient nicher dans le même arbre chaque année. C’est ainsi qu’il fut décidé, en 1798, de baptiser cette impasse, l’Impasse des Mésanges.

La plaque avec le nom de l’impasse était très explicite. Cette information plut beaucoup à Juliette qui avait, dans sa bibliothèque, un très bel ouvrage de cet ornithologue mondialement connu plus pour ses magnifiques et réalistes illustrations que pour sa douceur envers la gente ailée.

Juliette souriait à son fils, elle appréciait la visite du village à ses côtés. Sa première balade allait se terminer et Mathieu la guida vers la maison par le chemin qui passait devant le cimetière des animaux et passaient devant la maison de la factrice, leur voisine de gauche. Le garçon était fier de montrer à sa mère qu’il avait repéré le petit dessin de l’enveloppe au sommet de la porte. Juliette, elle, était plutôt intriguée par la boîte aux lettres. Fait main à tous les coups, celle-ci, en bois et métal, était de forme rectangulaire comme presque toutes les boîtes aux lettres du village. Le nom de la propriétaire, Louise Brimete, était gravé en lettres manuscrites avec une peinture ou une encre très étrange, car elle semblait bouger selon que l’on venait de gauche, de droite ou pile en face du nom. Le travail était considérable en sachant que le nom avait d’abord été fait avec un appareil spécial, tout en finesse et délicatesse, puis un pinceau ou tout autre feutre avait dû repasser dessus, sans trembler, sans dépasser. Un vrai travail d’artiste. Sur les côtés latéraux de la boîte aux lettres, des motifs de coquillages, de méduses et de crevettes étaient gravés dans le bois ! Une factrice qui aimait que les choses soient bien faites. C’est l’instant précis que choisit l’habitante de cette maison pour sortir de chez elle.

Confuse d’être prise sur le fait, le nez quasi collé à la boîte aux lettres, Juliette devint toute rouge et bredouilla un bonjour comme excuse. Elle ne put néanmoins pas s’empêcher de demander des explications à cette voisine calme.

— Bonjour, excusez mon indiscrétion, mais puis-je savoir quelle peinture vous avez utilisée pour obtenir cet effet si spécial ? On dirait que les lettres sont vivantes, qu’elles bougent ou qu’elles respirent !

— Ah ! Si vous saviez, chère voisine, cette encre comme vous dite est unique. Elle nous vient de très loin et est de très proche en même temps. Je l’ai découverte lors de mon dernier voyage en Gasparie, ce pays magique que très peu de gens connaissent. Là-bas, on trouve de tout, mais tout est différent : la nourriture pousse dans les assiettes, les chiens font pipi en l’air et les arbres fleurissent au moindre courant d’air, surtout en hiver ! Il y a encore là-bas bien d’autres choses que vous n’oseriez même pas imaginer. Mais, je vais vous laisser, je dois faire ma deuxième tournée de la journée. Mon travail m’attend, n’est-ce pas cher enfant ? Ça te dirait un jour de venir m’aider aussi à distribuer le courrier ?

Juliette était déconcertée par le bavardage de cette voisine. Elle se disait que décidément dans ce village, tous avaient quelque chose de bizarre ! En promettant que Mathieu serait ravi de l’aider une prochaine fois, Juliette rentra chez elle, avec Mathieu sur ses semelles.

Louise Brimete n’avait pas entendu la réponse de sa voisine, car celle-ci lui tournait le dos quand elle lui avait répondu. Et la factrice était sourde comme un pot ou plutôt comme on aimait le dire : dure de la feuille, très dure… des deux feuilles ! Si elle savait parler tout à fait normalement, personne ne remarquait son handicap, car elle avait appris à lire sur les lèvres mieux que n’importe quel entendant. Louise n’avait pas entendu la réponse, mais pour ne pas montrer qu’elle était sourde,, elle ne demanda pas de répéter la réponse, elle s’en alla préparer sa deuxième et dernière tournée de la journée.

Le lendemain matin, c’était Lisa qui sortit la première de la maison et qui découvrit sur le bas de porte un petit paquet qui sentait bon les couques. Elle l’apporta à son père qui était dans la cuisine. André ouvrit le sac et appela son fils. Dans le sachet, il y avait de bonnes pâtisseries pour toute la famille, mais aussi une petite boîte rectangulaire, en carton, avec un mot écrit dessus : pour le blondinet, attention fragile, ne pas secouer. Juliette qui arriva en même temps que Mathieu devina immédiatement à qui ils devaient ces délicieuses couques : à l’épicier qui faisait la file la vieille, à la boulangerie. Contre toute attente, Mathieu s’empara subrepticement de la petite boîte avant même que son père ne puisse lui demander une explication. Juliette arrêta son mari par une main posée sur son bras. Dans un langage tacite que seul le couple comprenait grâce à une vie commune depuis une quinzaine d’années, André stoppa son élan. Mathieu finirait bien par tout montrer à sa mère dès qu’ils seraient seuls, en tête à tête. Il finissait toujours par lui parler, même plusieurs moins après un incident.

Lisa, jalouse que son petit frère qui ne faisait jamais rien pour s’intégrer reçoive un cadeau d’un inconnu et pas elle, râla dans son coin en se jurant qu’elle saurait avant sa mère ce que dissimulait cette petite boîte rectangulaire.

Enfermé dans sa chambre, caché dans son lit surélevé avec un drap au-dessus de sa tête et sa lampe de poche allumée, Mathieu ouvrit délicatement son paquet avec le petit canif qu’il avait reçu de son parrain pour son dernier anniversaire. En frottant ses mains moites sur son pyjama, le petit blondinet trembla de joie à l’idée de ce qu’il allait découvrir. Quand il pensa à l’expéditeur, il avait peur, mais quand il souleva le mouchoir qui protégeait l’objet, il sourit et toute tension s’évanouit. De ses doigts fins, de ses ongles rongés, de ses petites peaux mangées, l’enfant prit dans sa paume de main le petit squelette de ce nouveau rongeur. Ce n’était pas une souris, c’était légèrement plus grand. Un rat peut-être, de belle taille, avec une incisive manquante.

Dès à présent, un lien particulier s’était tissé entre Sean le collectionneur et Mathieu l’enfant rêveur.

Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (2)

Chapitre 2

Le lendemain, André devait s’activer. Sa femme, Juliette, allait rentrer à la maison. Il fallait tout faire pour lui faciliter son retour, sa réadaptation. Avec l’aide du voisin de droite, un fermier bien sympathique qui venait d’ouvrir un café d’un nouveau genre au-dessus de sa ferme, André, cet informaticien de métier, s’organisa du mieux qu’il put afin que sa famille soit le plus confortablement installée dans cette nouvelle région.

Une semaine plus tard, Juliette pouvait enfin faire de courtes balades. Sur les conseils de sa kinésithérapeute qui n’hésitait pas à faire treize kilomètres pour la soigner, Juliette avait l’obligation de s’aérer une fois par jour, en allongeant, après chaque sortie, la durée du temps passé dehors. C’était ainsi qu’un jeudi matin, jour d’ouverture de la boulangerie, Juliette et son fils quittaient la maison encore endormie pour aller chercher un petit déjeuner exceptionnel pour toute la famille.

Quatre minutes et trente-huit secondes après avoir fermé la porte de la maison, Mathieu se confia à sa maman.

— C’est vrai que je vais disparaître ? lui demanda-t-il, inquiet, en regardant le puits de la place de l’Orange.

Habituée aux questions plutôt déroutantes de son fils, Juliette, connaissant la légende qui avait donné le nom au village, lui répondit calmement :

— C’est encore ta sœur qui t’a fait peur ? Ne t’inquiète pas mon trésor, ce n’est qu’une légende. Il y a beaucoup de légendes dans le monde, et c’est justement parce qu’on n’a pas assez de preuves sur ce qu’il s’est passé, que cela s’appelle Légende.

— Il existe combien de légendes ? Et ça veut dire que si je retrouve un vêtement de l’enfant ou son cadavre, la légende va partir ? Ce sera une preuve ? Mais le nom du village, il va changer aussi alors ?

Aïe ! Juliette avait oublié combien une question, ou une réponse, pouvait en entraîner une centaine d’autres chez Mathieu. Elle lui répondit de façon telle qu’il se sentit rassuré, puis elle embraya sur un autre sujet.

— Papa m’a dit que tu as trouvé un objet particulier que tu ne veux pas lui montrer ? Il doit s’agir d’un grand secret alors, mais est-ce que à moi, tu me le montreras ?

— Tu pourras le voir si tu devines ce que c’est, affirma l’enfant d’un air malicieux.

Juliette n’était pas très forte dans les devinettes, mais comme son fils ne s’exprimait pas aisément et ne se confiait pas vite, elle craignait qu’il ne soit tombé sur une arme, de la drogue ou toute autre chose dangereuse. Elle lui fit part de son inquiétude et celui-ci, du haut de son mètre vint-six, lui rétorqua qu’elle n’avait aucun souci à se faire, que ce n’était absolument pas dangereux, juste insolite. Oui, il utilisait parfois des mots qui n’étaient pas courants dans la bouche d’un enfant de huit ans.

Mathieu visualisait très bien le squelette de la souris qu’il avait trouvé dans le cimetière la veille. S’il laissait sa maman gagner à ce petit jeu de questions, il ne lui dévoilerait cependant pas comment il avait eu l’idée de traîner dans ce cimetière. Il tairait également sa rencontre bouleversante avec l’épicier du village, cet homme qui lui faisait peur et qui l’intriguait en même temps. Il n’avouerait pas non plus sa fascination pour le nettoyage et la conservation du petit squelette, ni ne reconnaîtrait son désir d’en trouver d’autres.

Actuellement, il ignorait même qu’il ressentait ce genre de sensation, cette envie de collectionner, cette tentation de voir s’aligner si parfaitement une série de squelettes appartenant à la même espèce. Tout ce qu’il éprouvait à l’instant, c’était une grande curiosité pour ce corps tout en os qu’il trouvait léger, beau et précis. Sans le vouloir vraiment, il étudia la biologie en cherchant sur son ordinateur comment s’appelait chaque partie du squelette de la souris, ses dimensions, ses particularités, ses caractéristiques.

En ce jeudi 25 août, à huit heures du matin, sur la place de l’Orange, c’était déjà la grande foule. Une file immense, allant jusqu’à l’école primaire, avançait à pas d’escargot. La boulangerie connaissait toujours autant de succès le seul jour de la semaine où elle était ouverte. Les villageois faisaient tous la provision des pains et autres ingrédients pour la confection de leurs tartes et autres pâtisseries. Les dix premiers clients servis avaient la chance de pouvoir repartir avec des biscuits à la recette toujours originale. La boulangère aimait gâter ses clients, elle aimait les surprendre, les étonner. C’était en quelque sorte une façon bien à elle de fidéliser sa clientèle pour que celle-ci revienne toujours chez elle, malgré son unique jour d’ouverture.

Juliette et Mathieu s’étaient placés dans la file, mais rapidement, la mère de famille éprouva des difficultés à rester debout, sans bouger. Les mains posées sur ses reins, Juliette était prête à demander à son fils s’il se sentait capable de rester seul dans la file pendant qu’elle allait s’asseoir un instant sur un des bancs de la place, quand tout à coup, une voix nasillarde les surprit derrière eux.

— Je peux vous prendre quelque chose, madame ? proposa Sean, l’épicier du village qui venait lui aussi se fournir chez la seule boulangerie ouverte à dix km à la ronde.

En entendant cette voix, Mathieu s’était tout de suite raidi. Il serra un peu plus fort la main de sa mère. Sans pouvoir se contrôler, l’enfant fit des mouvements secs et nerveux de sa tête pour signaler à sa mère qu’il ne voulait pas rester ici, devant cet homme, avec cet homme, tout près de cet homme. Juliette ne comprenait pas pourquoi son fils se mettait dans un tel état, mais elle avait l’habitude de ses réactions parfois démesurées. D’un regard entendu, elle lui répondit d’un léger signe de tête et dit à l’épicier :

— C’est très gentil, mais je crois que nous allons rentrer. Nous venons d’emménager dans le village et j’ignorais qu’il fallait se lever avec les poules pour avoir un petit déjeuner sympa.

— Comme vous voulez. Elle n’ouvre que les jeudis, mais c’est la seule à proposer une farine de qualité pour ce prix et c’est aussi l’une des seules à savoir préparer une Dorêye à tomber par terre ! Chaque dernier jeudi du mois, elle en propose une nouvelle, et on ne sait jamais à l’avance ce qu’il y a à l’intérieur, lui répondit Sean, un ancien détenu au visage plutôt repoussant et inquiétant.

Juliette quitta donc la file et profita d’être dehors pour emprunter un autre chemin. Quand elle marchait, la douleur à son dos s’estompait. Cela ne faisait que douze jours qu’elle avait été opérée d’une vertèbre, et huit qu’elle était sortie de l’hôpital. Elle avait toujours aimé marcher et les quelques jours où elle en avait été incapable à cause de la forte douleur, cela l’avait rendue malade de rester allongée presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Mathieu lui proposa de faire le tour de la place. Mais avant d’y arriver, il l’invita par un arrêt obligatoire à l’impasse des Mésanges. L’impasse était juste avant la place. Il savait que sa mère adorait les oiseaux et qu’elle serait ravie de voir et d’entendre autant d’espèces différentes regroupées dans un seul arbre.

Du côté de mes amis : Luc Dubois

Une nouvelle petite bannière a vu le jour dans la page Du côté de mes amis 😉

C’est le site de Luc Dubois, auteur de livres pour les enfants, animateur d’ateliers d’écriture, éducateur liégeois.

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J’ai fait sa connaissance via *face*book* il n’y a pas très longtemps. Il recherchait une aide pour imprimer une histoire écrite par des enfants. Il avait animé plusieurs ateliers dans une école primaire et les enfants, ensemble, ont écrit une chouette histoire. J’ai proposé mon aide pour imprimer cette petite histoire de façon à ce qu’elle soit comme un petit livret.

C’est ainsi que nous avons pu nous rencontrer pour de vrai (rires).