La grande traversée, Shion Miura

grande_traversee_Shion_MiuraTitre : La grande traversée
Auteur : Shion Miura
Traductrice : Sophie Refle

GROS COUP DE CŒUR !

Majimé travaille au service commercial d’une maison d’édition. Après 3 ans, il est muté au service des dictionnaires. En réalité, cette mutation non recherchée lui convient très bien. Dès le début, il s’interroge sur la compréhension réelle des mots surtout quand il n’a jamais été dans le cas que précise la définition. Comme « amour », il ne sait pas ce que c’est… il a beau approcher la trentaine, il n’a jamais été amoureux.

Majimé est posé, réfléchi, lunatique diront certains, excentrique et maladroit diront d’autres. Il a du mal à faire la conversation et ne sait pas tailler un crayon avec un couteau. Par contre, il connait plusieurs sens aux mots et s’attache toujours à utiliser les mots justes quand il doit écrire ou parler.

Un jour, il entend son chat miauler sur la terrasse de sa logeuse. Il va le retrouver, mais celui-ci ne sera pas seul… la petite fille de la logeuse est venue vivre avec sa grand-mère vieillissante. Et la vie bien tranquille de Majimé va se retrouver différente; toujours aussi calme et tranquille, mais différente.

Les mots me manquent (je vais aller étudier mon dictionnaire 😊) pour décrire avec justesse, précision et sincérité tout ce que cette histoire m’a apportée.

J’ai découvert et apprécié une tranche de vie au Japon, mais j’ai surtout beaucoup appris sur la conception d’un dictionnaire, depuis son contenu en passant par le type de feuille jusqu’à la recherche de la couverture, et sans oublier le développement de ce projet, sa gestion et sa publicité !

Évidemment, les personnages, leurs histoires, leurs évolutions, leurs interactions sont tout aussi importants et superbement bien écrits, décrits, racontés, narrés, travaillés, façonnés.

De plus, on parle brièvement d’un conte avec une femme et une grue (l’oiseau), d’animal légendaire, et autres récits fantastiques et extraordinaires du Japon.

Je me suis même retrouvée dans l’un des personnages principaux. Dans sa façon de penser, de réagir, de travailler, de se remettre en question.

 Extrait du livre :

« Au cours des vingt derniers mois, elle s’était efforcée de toucher le papier du plus grand nombre possible de dictionnaires, en espérant pouvoir aider Miyamoto, et aussi permettre au nouveau dictionnaire d’avoir le meilleur papier possible. Quand elle n’était qu’une simple utilisatrice de dictionnaires, elle n’avait pas remarqué à quel point la qualité du papier, son toucher et sa couleur variaient selon les ouvrages et les maisons d’édition. Ses doigts étaient aujourd’hui tellement expérimentés qu’elle pouvait reconnaître tous les dictionnaires présents dans son bureau les yeux fermés, en posant simplement un doigt sur un page. »

Le point de vue des éditeurs (4ème de couverture)

Majimé, jeune employé d’une maison d’édition, se voit confier la réalisation d’un nouveau dictionnaire du japonais, un projet titanesque baptisé La Grande Traversée. L’un des premiers termes sur lesquels il est amené à travailler n’est autres que le mot « amour ». Mais comment définir ce dont on n’a pas fait l’expérience ? A vingt-sept ans, aussi maladroit avec les gens qu’il est habile avec les mots, Majimé n’a jamais eu de petite amie. Quand il rencontre la petite-fille de sa logeuse, il tombe immédiatement sous le charme. Passionnée de cuisine et apprentie-chef, la jeune femme travaille la matière de ses ingrédients comme lui celle des mots, dans le même but : tenter de les fixer en un moment d’éphémère perfection. Cette fois-ci, Majimé entend bien ne pas laisser passer sa chance. Aidé par ses nouveaux collègues, il va tout faire pour vaincre sa timidité et ouvrir son coeur à celle dont il s’est éperdument amouraché, tout en se consacrant corps et âme à sa mission première : éditer le plus grand dictionnaire de tous les temps.

Amour, gastronomie et lexicographie : tels sont les ingrédients de ce roman léger et attachant, devenue un véritable phénomène éditorial au Japon, où il s’est vendu à 1 300 000 exemplaires.

Née à Tokyo en 1976, Shion Miura est l’auteur d’une vingtaine de romans et recueils d’essais. Prix des Libraires japonais en 2012, La Grande Traversée a été adapté au cinéma et sous forme de dessin animé.

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Comme un poisson dans l’arbre, roman

comme_un_poissons_dans_un_arbreTitre : Comme un poisson dans l’arbre
Auteur : Lynda Mullaly Hunt
Traductrice : Paola Appelius

Allie a 12 ans et aux yeux de tous, elle est un peu fo-folle. Pas une semaine ne se passe sans qu’elle aille dans le bureau de la directrice. Elle a un secret qu’elle refuse de partager, de dévoiler, car pour elle, son monde s’écroulerait si « ça » se savait.

Si pour certains, elle est idiote, pour d’autres, elle est carrément à l’ouest. Elle ne parvient pas à se faire des amies, car elle change régulièrement d’école à cause du travail de son père, qui est militaire.

Quand son institutrice va bientôt accoucher, sa classe a droit à un remplaçant un peu spécial, car celui-ci s’intéresse à chacun de ses nouveaux élèves et tente par tous les moyens de comprendre leurs difficultés.

Allie est dyslexique. Pour elle, les mots bougent tout le temps et elle est incapable de lire une phrase correctement même si c’est elle qui l’a écrite.

Voici un roman peu ordinaire. La dyslexie est un trouble d’apprentissage qui peut toucher beaucoup de monde et qui, heureusement, aujourd’hui est décelé tôt.

L’héroïne de cette histoire donne une merveilleuse leçon de courage ! Malgré toutes ses difficultés à lire et à écrire, elle aime l’école et elle fait tout pour cacher ce problème.

Au fil de l’histoire, Allie va se lier d’amitié avec un garçon et une fille de sa classe et va se surprendre à adorer ce nouveau professeur. Mais dans ce roman, il y a aussi un autre thème qui est abordé, à savoir le harcèlement et la violence scolaire. Cela a été un vrai plaisir de découvrir toutes les personnalités de ces élèves. On rencontre la fille leader qui mène ses « copines » par le bout du nez et qui impose une certaine crainte, on se prend de tendresse pour ce grand garçon qui ne parle que science-fiction et science, on s’attache forcément à Allie et à son frère, et à des tas d’autres personnages comme ce nouveau professeur.

Tout au long du livre, il y a des comparaisons entre une situation et une autre tout à fait impossible, d’où le titre : comme un poisson dans l’arbre. (cfr extraits plus bas 😉 )

Ce livre existe également dans une édition spéciale pour lecteurs dyslexiques. Je ne l’ai pas avec moi, mais voilà encore un livre que je conseillerais aux enfants en situation de dyslexie … ou non !

Extraits du livre :

(…) Je soupire.

  • Et je ne veux plus jamais t’entendre dire que les gens te détestent, me lance-t-elle. Comment quelqu’un sur cette terre pourrait te détester ?

J’aimerais lui faire comprendre le monde dans lequel je vis. Mais autant expliquer à une baleine à quoi ressemble la vie en forêt.

Quand M. Daniels parle de livres, il me fait penser à Max ou à Oliver. On dirait qu’il est prêt à lancer une fête géante. J’aime quand il raconte l’intrigue. Mais me demander de les lire, ce serait comme de demander à un homard de jouer au tennis.

(…)

  • J’ai une surprise pour vous. Je vous ai apporté à tous un beau cahier tout neuf qui vous servira de journal et dans lequel vous écrirez chaque jour.

Misère ! je préfère encore manger du foin.

 

Écoute mes lèvres, Jana Novotny Hunter

Titre : écoute mes lèvres
Auteur : Jana Novotny Hunter
Traductrice : Vanessa Rubio

ecoute mes levres_Jana Novotrny HunterCathy est sourde profonde depuis ses 5 ans ; séquelles d’une méningite fulgurante. Depuis cet âge, elle ne parle plus. Sa mère l’a « abandonnée » dans un institut pour sourds, pour son bien.

Aujourd’hui, Cathy a 17 ans et elle a choisi son sujet pour son débat pour l’institut : « Les sourds doivent s’intégrer dans le monde des entendants ». Ce sujet fait l’effet d’une bombe, car si la règle officielle de l’institut est que la communication totale est de mise, deux clans se sont toujours formés dans cette cité de sourds : les signeurs (ceux qui communiquent avec la langue des signes) et les oralistes (ceux qui savent lire sur les lèvres et qui parlent avec leur voix).

Cathy, en dernière année secondaire, va devoir affronter bien des difficultés et surmonter bien des peurs afin d’arriver à faire comprendre à sa meilleure amie qu’elle n’est pas une traitresse parce qu’elle veut retrouver sa voix.

Ce livre, écrit en 2005, aux USA, parle d’un problème que j’ignorais totalement. Je connais, de loin, ce monde du silence (mon tout premier flirt, en 1991, était avec un garçon sourd de naissance avec qui j’ai appris la dactylologie* et à signer certains mots ; puis vers 1994, j’ai eu dans ma classe, un camarade sourd avec qui j’ai beaucoup écrit durant une année, au sein de l’école. Mon papa est sourd d’une oreille depuis plus de 25 ans et, enfin, moi-même j’ai une baisse d’audition suite à mon syndrome de Ménière), mais je ne savais pas qu’au sein même de ce monde, il pouvait exister une telle incompréhension entre les signeurs et les oralisateurs !

L’histoire fait monter la tension, et pour le lecteur, il est très facile de pénétrer dans cet univers particulier, différent et difficile. On suit Cathy et sa meilleure amie, Bee. À la fin de l’année, après l’école, elles devront quitter l’institut et si pour toutes les deux, il est impensable de vivre en-dehors de l’institut, plusieurs éléments vont venir aider Cathy à se dépasser et à oser croire en une vie possible à l’extérieur.

J’ai beaucoup aimé ce livre jeunesse de 190 pages, à l’écriture plus grande que dans les livres de poche. J’ai beaucoup appris sur cette langue et je me demande si, chez nous, en Belgique ou en France, il existe encore cette différence de communication chez les personnes sourdes et malentendantes. Une réflexion qui me pousse à poursuivre l’un des projets que j’ai en tête depuis plusieurs semaines : conter en utilisant la communication totale, c’est-à-dire en oralisant ET en signant.

La langue des signes est arrivée dans ma vie grâce à un garçon et elle revient vers moi aujourd’hui. Pas plus tard que lors de ma dernière formation CAPS, éducation et communication pour la santé, cette langue a, à nouveau, titillé mon envie d’aider des personnes malentendantes. D’abord par une collègue de formation qui étudiait cette langue par curiosité, puis par une association, Surdimobile, qui est venue chez nous durant toute une journée pour nous présenter leur association et le monde des sourds. Après un peu de théorie et d’histoire, nous avons pu nous immerger dans cet univers grâce à un casque anti-bruit mis sur nos oreilles. Les animatrices nous disaient des phrases avec leurs lèvres, sans leur voix, et nous devions lire sur les lèvres et deviner ces phrases. J’ai été une bonne élève, car j’ai presque fait un sans faute ! J’ai été la seule et de loin, à avoir aussi bien réussi cette épreuve. Cela m’a permis de réaliser que je voulais continuer à apprendre cette langue…

Extrait du livre :

« (…) Seules dans le silence, sans amis pour nous aider, loin de la cité des sourds…

Je ne pourrais pas supporter de revivre le supplice que j’ai enduré à l’âge de cinq ans, ce serait trop pour moi.

– Les gens se moquent de nous quand on utilise notre voix, répond Bee en signant furieusement. Je ne suis pas oralisete, je ne parlerai jamais.

– Mais…

Elle a l’air vraiment en colère maintenant.

– Tu ne comprends pas, Cat ? Ou alors tu as oublié ? Les sourds qui essaient de parler sont des traîtres. Ce sont des sourds déguisés en entendants. Ils tournent le dos à la vraie langue de sourds. Les oralistes sont nos ennemis. »

 

* dactylolgie : alphabet qui fait correspondre à chaque lettre une forme de la main. Les sourds s’en servent pour épeler les noms propres, par exemple.

Le cas Noah Zimmerman, Sharon Guskin

Titre : Le cas Noah Zimmerman
Auteur : Sharon Guskin
Traducteur : Pascal Loubet
Édition : Calmann-Lévy
Genre : roman
Pages : 450
Année d’impression : 2016

noah zimmermanJanie, mère célibataire, doit se battre tous les jours pour élever son fils, Noah, 4 ans. En effet, celui-ci semble souffrir d’un bien étrange mal : il a une phobie de l’eau, il fait des cauchemars presque toutes les nuits et dit qu’il veut retourner dans sa maison rouge, revoir sa vraie maman. L’école maternelle dans laquelle il évolue soupçonne la mère de maltraitance parce que l’enfant finit par sentir mauvais ; il fait peur à ses camarades en donnant des explications sur les armes à feu et parle de Harry Potter alors qu’il n’a jamais lu les livres ni même vu les films à la télévision. Il est aussi incollable sur les reptiles et sait calculer des scores au base-ball, à quatre ans !

Janie doit jongler entre son travail et les visites chez les médecins qui lui coûtent les yeux de la tête. Elle est prête à accepter un terrible verdict quand elle rencontre le docteur Anderson, psychiatre spécialisé dans la réincarnation…

Un livre, un roman intéressant qui traite du sujet difficile de la réincarnation. On y croit ou pas. On espère ou pas. Chacun ses croyances et ses idées sur le thème. Ici, l’histoire est très bien tournée, car j’ai tout le temps eu envie d’en savoir un peu plus sur cet enfant étrange et malheureux.

Certains passages ont été pour moi un peu trop long, trop d’explications, trop de détails qui ne font pas avancer l’histoire. Les personnages principaux sont bien ficelés, on s’y attache facilement. Évidemment, je me suis prise d’affection pour Noah, pour son histoire, son passé et craint pour sa vie, mais j’ai particulièrement apprécié le personnage du médecin spécialiste qui est atteint d’une maladie, mais celle-ci ne se voit pas physiquement.

L’auteur remercie en fin de livre bon nombre de personnes qui l’ont aidé dans l’écriture de ce roman, et elle précise qu’elle s’est largement inspirée d’études réelles et de travaux sur ce sujet.

Ça laisse songeur et quand j’ai refermé ce livre, je me suis posée un tas de questions… matière à réflexion qui laisse un nuage de mystères planer encore au-dessus de ma tête 😊

La petite boulangerie du bout du monde

La petite boulangerie du bout du mondpetite boulangerie du bout du mondee, de Jenny Colgan.

Polly, trentenaire, quitte tout pour se remettre de l’échec de son entreprise et de son couple. Avec le peu d’argent qu’elle a, elle a juste de quoi louer un petit appartement miteux au-dessus d’un commerce abandonné, dans le petit village de Mount Poelbearne. Ce petit village, est en fait une île des Cornouilles, la chaussée est submersible à la marrée montante…

Polly, quand elle est stressée, aime faire du pain… et elle le fait très bien.

Suite à sa chute sociale, sentimentale et professionnelle, Polly n’a plus rien à perdre. Grâce à une force de caractère extraordinaire et au soutien ponctuel de sa meilleure amie, elle va connaître une nouvelle vie. Une nouvelle vie parsemée de rebondissements. Mais ce nouvel équilibre est fragile.

Polly parviendra-t-elle à ne plus penser au passé et à sourire au présent  ?

Un très beau roman positif à mettre entre toutes les mains 🙂 Moi, personnellement, j’ai adoré me plonger dans cette ambiance de « reconstruction de soi », dans ce décors de bout du monde où tout semble possible, surtout quand un petit oiseau particulier a fait son apparition…

 

Extrait mystère, réponse. La plume empoisonnée.

Eh oui, mon petit extrait de livre que je vous ai mis ici dans un précédent article, est bien tiré du livre d’Agatha Christie : la plume empoisonnée.

Bien que le personnage tant attendu dans ces enquêtes policières (Hercule Poirot ou Miss Marple) n’ai été mis en scène qu’à la toute fin du livre, je me suis régalé de cette lecture.

Tout commence avec un accident d’avion. Jerry Burton a bien failli y passer, mais heureusement, après opération, son médecin lui certifie qu’il pourra remarcher. Afin que sa convalescence et sa rééducation se passent au mieux, ce dernier lui conseille de prendre de longues vacances à la campagne, hors de la vie trépidante du centre-ville londonien. C’est ainsi que Jerry, accompagné de sa sœur décident de louer une petite maison à Lymstock pour 6 mois.

Très vite après leur installation, Jerry reçoit une lettre anonyme ! En parlant avec les voisins bien sympathiques, il s’avère que plusieurs personnes ont déjà reçu de telles missives horribles, fausses et sans grand intérêt. Hélàs, le suicide d’une mère de famille met tout Lymstock dans un état de torpeur. On aurait pu croire que ce décès qui fait suite à la réception d’une lettre anonyme va arrêter le fou ou la folle, auteur.trice de ces insanités. Que du contraire. Une domestique est assassinée quelques jours plus tard !

Si j’ai eu des soupçons a certains moments, je n’ai pas réussi (comme d’habitude) à résoudre l’enquête avant de la lire… Je ne suis pas très douée pour « lire entre les lignes » ou pour repérer les indices laissés, parfois, intentionnellement 🙂

Bref, c’est grâce à Miss Marple que l’assassin a été trouvé. Et j’ai adoré la fin où il y a même un mariage inattendu !