Écoute mes lèvres, Jana Novotny Hunter

Titre : écoute mes lèvres
Auteur : Jana Novotny Hunter
Traductrice : Vanessa Rubio

ecoute mes levres_Jana Novotrny HunterCathy est sourde profonde depuis ses 5 ans ; séquelles d’une méningite fulgurante. Depuis cet âge, elle ne parle plus. Sa mère l’a « abandonnée » dans un institut pour sourds, pour son bien.

Aujourd’hui, Cathy a 17 ans et elle a choisi son sujet pour son débat pour l’institut : « Les sourds doivent s’intégrer dans le monde des entendants ». Ce sujet fait l’effet d’une bombe, car si la règle officielle de l’institut est que la communication totale est de mise, deux clans se sont toujours formés dans cette cité de sourds : les signeurs (ceux qui communiquent avec la langue des signes) et les oralistes (ceux qui savent lire sur les lèvres et qui parlent avec leur voix).

Cathy, en dernière année secondaire, va devoir affronter bien des difficultés et surmonter bien des peurs afin d’arriver à faire comprendre à sa meilleure amie qu’elle n’est pas une traitresse parce qu’elle veut retrouver sa voix.

Ce livre, écrit en 2005, aux USA, parle d’un problème que j’ignorais totalement. Je connais, de loin, ce monde du silence (mon tout premier flirt, en 1991, était avec un garçon sourd de naissance avec qui j’ai appris la dactylologie* et à signer certains mots ; puis vers 1994, j’ai eu dans ma classe, un camarade sourd avec qui j’ai beaucoup écrit durant une année, au sein de l’école. Mon papa est sourd d’une oreille depuis plus de 25 ans et, enfin, moi-même j’ai une baisse d’audition suite à mon syndrome de Ménière), mais je ne savais pas qu’au sein même de ce monde, il pouvait exister une telle incompréhension entre les signeurs et les oralisateurs !

L’histoire fait monter la tension, et pour le lecteur, il est très facile de pénétrer dans cet univers particulier, différent et difficile. On suit Cathy et sa meilleure amie, Bee. À la fin de l’année, après l’école, elles devront quitter l’institut et si pour toutes les deux, il est impensable de vivre en-dehors de l’institut, plusieurs éléments vont venir aider Cathy à se dépasser et à oser croire en une vie possible à l’extérieur.

J’ai beaucoup aimé ce livre jeunesse de 190 pages, à l’écriture plus grande que dans les livres de poche. J’ai beaucoup appris sur cette langue et je me demande si, chez nous, en Belgique ou en France, il existe encore cette différence de communication chez les personnes sourdes et malentendantes. Une réflexion qui me pousse à poursuivre l’un des projets que j’ai en tête depuis plusieurs semaines : conter en utilisant la communication totale, c’est-à-dire en oralisant ET en signant.

La langue des signes est arrivée dans ma vie grâce à un garçon et elle revient vers moi aujourd’hui. Pas plus tard que lors de ma dernière formation CAPS, éducation et communication pour la santé, cette langue a, à nouveau, titillé mon envie d’aider des personnes malentendantes. D’abord par une collègue de formation qui étudiait cette langue par curiosité, puis par une association, Surdimobile, qui est venue chez nous durant toute une journée pour nous présenter leur association et le monde des sourds. Après un peu de théorie et d’histoire, nous avons pu nous immerger dans cet univers grâce à un casque anti-bruit mis sur nos oreilles. Les animatrices nous disaient des phrases avec leurs lèvres, sans leur voix, et nous devions lire sur les lèvres et deviner ces phrases. J’ai été une bonne élève, car j’ai presque fait un sans faute ! J’ai été la seule et de loin, à avoir aussi bien réussi cette épreuve. Cela m’a permis de réaliser que je voulais continuer à apprendre cette langue…

Extrait du livre :

« (…) Seules dans le silence, sans amis pour nous aider, loin de la cité des sourds…

Je ne pourrais pas supporter de revivre le supplice que j’ai enduré à l’âge de cinq ans, ce serait trop pour moi.

– Les gens se moquent de nous quand on utilise notre voix, répond Bee en signant furieusement. Je ne suis pas oralisete, je ne parlerai jamais.

– Mais…

Elle a l’air vraiment en colère maintenant.

– Tu ne comprends pas, Cat ? Ou alors tu as oublié ? Les sourds qui essaient de parler sont des traîtres. Ce sont des sourds déguisés en entendants. Ils tournent le dos à la vraie langue de sourds. Les oralistes sont nos ennemis. »

 

* dactylolgie : alphabet qui fait correspondre à chaque lettre une forme de la main. Les sourds s’en servent pour épeler les noms propres, par exemple.

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Le cri de la mouette, Emmanuelle Laborit

cri de la mouetteCe n’est pas un livre nouveau. Le titre et l’auteur me « disent » quelque chose. Comme si je l’avais déjà lu. Mais je ne m’en souviens pas. Et puis, je ne l’ai pas dans ma bibliothèque… donc, je dois le lire. Même si au départ, c’est le titre qui m’a attiré, moi fan des oiseaux, c’est surtout pour le thème du livre, sur la 4ème de couverture qui m’a attiré.

Emmanuelle Laborit n’est pas une inconnue pour pas mal de gens. Elle est sourde profonde depuis sa naissance et malgré toutes les difficultés qu’elle a eu à entrer dans notre monde d’entendants, elle parvient en haut de l’affiche avec un Molière de la révélation théâtrale en 1993.

Son livre autobiographique, Le cri de la mouette, a lui-même reçu le Prix Vérité en 1994, année de la publication du livre.

L’auteur raconte son enfance, son adolescence, sa vie pour devenir adulte dans un monde si difficile qu’est celui des entendants. On ne peut pas comprendre cette vie si on ne l’est pas nous-même. Pourtant, Emmanuelle Laborit raconte si bien ses difficultés et ses épreuves que son livre m’a transmis bon nombre d’émotions : incompréhension, colère, tristesse, surprise, bonheur, volonté. Comment la langue des signes a-t-elle pu être interdite dans les écoles ? Comment pouvait-on obliger les enfants et même les plus grands à parler pour cacher leur surdité ?

Petite, j’ai connu un enfant sourd profond. Il vivait avec ses parents et sa petite soeur. Petite soeur qui était la seule entendante de la famille (l’inverse de l’auteur qui était la seule sourde). J’ai appris quelques mots en langage des signes, ainsi que tout l’alphabet. Je n’ai jamais fait de différence, je n’ai jamais « catégorisé » cet ami. Au contraire, il m’apprenait des choses et je lui en faisait découvrir d’autres. Je suis scandalisé d’apprendre tout ce qu’il se faisait – ou ce qu’il ne se faisait pas – à l’époque où l’auteur à écrit ce livre ! Certaines scènes m’ont carrément révoltée, d’autres bouleversée.
Quand l’auteur terminait d’écrire ce livre, j’apprenais à communiquer en langue des signes et j’étais plutôt bonne élève 🙂

Aujourd’hui, Emmanuelle Laborit est directrice française de l’Interanation Visual Théâtre et elle est actrice. Quelle détermination et volonté !