Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (8)

Chapitre 8

Lisa, dans sa chambre, écrivait avec frénésie. La disparition de son petit frère lui avait donné une idée. Avec tout ce qu’il s’était passé depuis leur déménagement, il y avait de quoi en raconter des choses à ses copines. C’est ça qui lui manquait ici, de nouvelles amies à qui se confier, avec qui partager des secrets, des peurs, des rêves.

Elle n’avait pas encore accroché au journal intime que sa mère lui avait offert pour son dernier anniversaire. Écrire pour elle, ça ne lui parlait pas, même si le journal en question arborait une magnifique photo de son animal préféré : un béluga. Elle avait besoin d’avoir un lecteur, une nécessité d’avoir une réponse, une obligation, une excitation d’attendre un courrier en retour.

« Oh Charlotte, si tu savais depuis le temps que je rêvais de ça ! Mon frère a disparu, pfffuiit, il n’est plus là ! Bon, ça n’a pas l’air de faire plaisir aux parents, mais moi, je suis contente qu’il n’est plus là. Crois-tu aux rêves prémonitoires ? »

 Lisa retournait la lettre pour poursuivre son récit, n’omettant pas de parler de l’histoire de la fontaine et de sa nouvelle allergie, accusant à cette occasion son petit frère d’avoir tout manigancé.

En alignant les mots, les phrases, la jeune fille se rendit compte qu’elle parlait beaucoup de son frère, plus que ce qu’elle en avait réellement envie. Mathieu par ci, Mathieu par là. Il y en avait plus pour lui qu’elle, elle n’avait même pas mentionné les accidents de son père et sa mère !

Il était 22 heures quand elle relut pour la quatrième fois sa lettre et pleura. Oui, Mathieu lui manquait, oui, elle avait peur pour lui, oui, elle voudrait qu’il revienne à la maison. Sans lui, rien n’était rigolo, elle ne pouvait pas se disputer avec ses parents, pas comme elle le faisait avec son petit frère. Avec qui jouerait-elle aux cartes, à cache-cache, s’il n’était pas là ? S’il n’était plus là ! Il prenait plus de place qu’elle ne le pensait.

Sa mère était restée à la maison avec elle, au cas où il reviendrait tout seul, comme un grand. Mais il n’avait que 8 ans, se disait Lisa ! 8 ans, c’est encore tout petit, il avait beau avoir un cerveau hyper développé, il n’en restait pas moins son petit frère.

Lisa regarda par sa fenêtre, des larmes ruisselantes débordaient de ses yeux fatigués. Elle alla chercher l’album photo où ils étaient tout petits. Lui nouveau-né, elle petite pouponne de 2 ans. Couchés sur le dos, l’un près de l’autre sur une couverture, elle tournait la tête vers ce minuscule être qui suçait déjà le dos son poing. C’était l’une des rares photos où on les voyait tous les deux ensemble. Elle regretta tout à coup de ne pas avoir plus de photos d’eux deux ensemble. Elle s’endormit dans son lit avec l’album ouvert à cette page.

Lisa avait un sommeil agité, comme presque chaque nuit. Cette nuit en particulier n’échappait pas à la règle. La jeune fille se réveilla presque toutes les heures, et à chaque fois qu’elle ouvrait les paupières, elle jeta un regard vers sa porte pour voir si une lumière filtrait de l’autre côté, signe que son petit frère était rentré, car il ne pouvait pas s’endormir sans veilleuse. Mais à 7h48, son chat-réveil, Vicky, poussa la porte de sa chambre et grimpa dans son lit pour son câlin du matin. C’était presque un rituel. Chaque matin, Vicky entrait dans la chambre de Lisa pour la réveiller. Chaque matin, c’était le ronron et le câlin du félin qui la sortait de ses rêves. Et aujourd’hui, à cette heure où il faisait déjà clair, où le soleil était déjà levé depuis une heure, la lumière extérieure était plus forte que la veilleuse. Lisa se leva aussitôt, après une brève caresse à son chat, pour rentrer dans la chambre de son frère et voir par elle-même s’il était là ou non. Sans se demander si son père était rentré, elle pénétra dans la chambre interdite et grimpa les six marches de l’escalier qui conduisaient au lit en hauteur. La couverture en polar toute douce et aux motifs d’ours polaire était toujours défaite. Il n’y avait pas âme qui vive dans cette pièce qui sentait son petit frère. Triste et ne sachant que faire, Lisa s’enroula dans les ours polaires et se recroquevilla, des larmes plein les yeux. Elle allait se rendormir un peu plus tard.

Ce nouveau cycle de sommeil fut bénéfique pour ses idées. Dès son second réveil, 45 minutes plus tard, Lisa affichait un sourire déterminé. Qui d’autre qu’un enfant pourrait en retrouver un autre ? Qui d’autre qu’elle serait capable de retrouver Mathieu ? Pourquoi n’avait-elle pas eu cette idée hier ? Elle se mettrait à sa place, elle irait là où il aimait aller, elle grimperait aux arbres et se faufilerait dans les cachettes les plus improbables. Elle connaissait son frère mieux que quiconque ! Elle avait beau dire à tout le monde qu’elle ne l’aimait pas, ce n’était pas vrai à cent pour cent. Elle l’aimait quand même, un tout petit peu. Il était son seul frère, son seul petit frère.

Afin de pouvoir encore mieux cibler ses cachettes préférées, Lisa commença par fouiller toute sa chambre. Encore un autre rêve qu’elle accomplissait ! Cette tâche depuis longtemps désirée était nécessaire aujourd’hui. Même si une petite, une toute petite partie au fond d’elle regrettait de faire ça dans son dos, car elle aimait bien qu’il soit là pour la sermonner, ou l’insulter. Il ne savait pas se fâcher. Il ne savait pas dire de gros mots. Il devait tout le temps copier sur elle. Comme elle lui criait dessus souvent, il faisait pareil. Comme elle lui arrachait les objets des mains, il faisait pareil. Mais ça n’avait pas le même résultat dans ce petit corps tout fin, au visage d’ange. Il essayait de faire sa place avec cette sœur imposante, grande et forte, mais ce n’était jamais facile. Elle avait toujours le dessus, même quand elle avait tort. Alors Mathieu allait rapporter aux parents, c’était là sa dernière solution.

Lisa pensa à tout ça, à sa façon de se disputer avec son frère, presque quotidiennement, à sa vie future s’il venait à ne jamais revenir… Elle chercha un trésor, un secret qui lui aurait permit de sortir de la maison, de se diriger vers une cachette dans le village pour crier haut et fort qu’elle l’avait retrouvé. Elle vit tout de suite le terrarium avec ces escargots et son cœur se serra une nouvelle fois. Qui allait s’occuper de ces bestioles ? Si elle ne le faisait pas, elle était sûre que personne d’autres ne le ferait. Persuadée qu’on allait retrouver son frère ce matin, elle souleva la grille du terrarium pour enlever les feuilles vertes qui étaient à moitié dévorées. Même si elle était sûre que son petit frère ne remarquerait même pas qu’elle s’était occupée de ses petites bestioles rampantes et gluantes, elle voulait qu’il soit content de rentrer à la maison et de retrouver ses amis sains et saufs. Quand elle prit une grande feuille de salade parsemée de trous, elle remarqua un petit morceau de carton dépasser de la terre. Un escargot, le numéro 2, était occupé à grimper dessus et à laisser une trace toute humide et brillante. Elle se força ne pas penser à la fragilité de la coquille de l’escargot, le souleva délicatement entre son pouce et son index pour le déposer un petit peu plus loin. Tout aussi minutieusement, elle déterra ce qu’elle pensait être une carte aux trésors, mais c’était encore mieux que ça : une boîte en carton semblable à celle qu’il avait reçu dernièrement de l’épicier ! Lisa allait percer son secret, elle était trop contente ! Elle ne pensa déjà plus à le retrouver, à le serrer dans ses bras (chose qu’elle ne fera jamais, ce serait montrer à tout le monde qu’elle avait de l’affection pour lui !)

Lisa ne se doutait pas qu’il y cachât des squelettes d’animaux. Juliette, leur mère, savait pourtant qu’il en avait trouvé un, mais elle ignorait que les petits colis de l’épicier en contenait d’autres.

Tout à coup, pour Lisa, la disparition de son frère lui convenait une fois de plus. Intérieurement, elle rigolait à l’idée qu’ils seraient bientôt à égalité niveau secret.

« S’il revient ! Oh ! Pitié, faites qu’il revienne quand même ! » pensa-t-elle tout bas.

Développer des jeux créatifs autour de la lecture et de l’écriture

Me voilà bien occupée à travailler sur mes ateliers créatifs que j’aurai plaisir à donner aux enfants :

  • Kamishibaï
  • jeux de cartes pour fabriquer ses histoires
  • divers jeux d’écriture créative
  • contes, …

Plusieurs catégories de jeux, avec des durées et des thèmes différentes, mais toutes ces animations auront en points communs : la lecture et l’écriture !

Mes idées débordent, courent si vite que j’ai du mal à les poser sur papier 🙂 alors, je vais commencer à tout retranscrire sur ordinateur. Mais il n’y a pas que ce côté « pratique » auquel je dois réfléchir, je dois aussi me pencher sur le coût du matériel nécessaire pour chaque atelier, du tarif que je vais bien pouvoir demander, connaître l’endroit où je vais faire cela (chez moi, dans un local, chez les gens et/ou dans les écoles ?), et les assurances dans tout ça ? Quel nom pour mon atelier, mon métier ? Quel design/logo ? Comment faire ma pub ?

Bref, j’ai du pain sur la planche, mais cela me plaît de réfléchir à tout ça, ça me donne une belle et agréable énergie.

Je prépare aussi un sondage pour connaître les avis des gens de ma région afin de prendre le pouls de cette future activité et de la demande. Je vais rencontrer de chouettes personnes actives dans l’un ou l’autre domaine touchant à mon projet professionnel.

Il m’a été dit que je devais m’entourer de professionnels, car je ne suis effectivement pas compétente dans toutes les activités nécessaires à l’élaboration de mon projet. Je pense donc faire appel à des personnes spécialisées dans :

  • la création de mon logo
  •  la création et le démarrage de mon site web + conseils pour les réseaux sociaux
  • le marketing, la publicité
  • le crowfunding et recherche de subsides et/ou technique/moyen de financement
  • et de l’aide pour ma comptabilité

Même si j’ai envie de découvrir et d’apprendre les deux premiers points, pour commencer, il me faut créer un réseau sur lequel je pourrai compter pour me faire connaître, faire connaître mes activités et animations.

Projet professionnel

Je « range et je classe » cet article dans la catégorie « écrire pour un job », car c’est tout à fait sa place 😊

Suite à plusieurs événements, liens, contacts et rencontres, je suis actuellement dans une formation qui s’intitule « Du rêve au projet », que j’aime cette appellation : rêve ! Et puis « projet » aussi est un mot que je trouve magnifique, car à lui seul il motive, il donne des idées, du peps, des envies de déplacer des montagnes.

Dans cette formation, nous sommes 11 à être coachés deux fois par semaine, en groupe + 3 rencontres individuelles. Ceci pour nous donner tous les outils nécessaires au statut d’indépendant et pour découvrir et développer notre profil entreprenarial.

J’ai eu l’idée de créer mon propre emploi, ma petite entreprise personnelle fin décembre. Pour être tout à fait honnête, disons que l’idée a germé à la fin de l’automne 2017. L’idée s’est rapidement développée et a donné une incroyable bouture de projet professionnel dès le début de l’année 2018. Mais ce 1er projet était immense, vraiment ma pensée n’avais pas de frein et elle s’est laissée porter par le vent imaginaire… C’était trop grand pour un 1er projet. Alors, j’ai réduit ce champ des possibles, j’ai été plus raisonnable et j’ai orienté ma créativité vers quelque chose de plus « terre à terre ».

La bouture était en bonne voie, mais je restais coincée à la première vitesse, passant la deuxième que de temps en temps, sans jamais tenir la distance et ralentissant mes « réponses » aux questions. Je restais dans le vague, noyant mes explications dans « je dois me spécialiser, mais je ne sais pas encore en quoi ».

Le gros problème pour moi, maintenant que je suis libre d’imaginer toutes les possibilités, c’est que plus je découvre les domaines, les richesses de la vie professionnelle, plus je me perds dans ces nombreux choix.

Et voilà qu’en ce 2ème jour de coaching collectif, suite à un trop plein de pensées, de réflexions et de questions, je fais un léger malaise ! Rien de bien grave, mais cela m’a remis en question : la direction dans laquelle je me dirigeais semblait ne pas tout à fait me convenir. Certes, je veux toujours me lancer comme indépendante, mais peut-être pas dans le domaine que je pensais être fait pour moi !

C’est en effet suite à mon burn-out puis à mon licenciement que j’ai voulu devenir conseillère en réorientation professionnelle, car je voulais aider d’autres personnes à ne pas connaître ce que j’avais traversé moi. J’imaginais inventer et trouver une idée pour éviter les dépressions liées à un travail, mais j’avais du mal à canaliser mon énergie et à approfondir cette question, car cela me mets encore aujourd’hui mal à l’aise ! C’est donc, je pense, en plein cours que j’ai réalisé que je n’avais pas suivi ma petite voix intérieur !! Je voulais aider les autres dans un domaine dans lequel je ne m’étais pas aidée moi-même, je n’ai pas réussi à voir le point de non retour arriver alors que j’étais en pleine dépression depuis des mois… qu’est-ce qui a changé en moi aujourd’hui pour que je crois que je pourrais détecter ça chez les autres ?? Rien !! (sauf que je suis pleine d’optimisme et de positivité ha!ha!)

Heureusement, dans tout ce bouillonnement d’idées, grâce à la formation dans laquelle je suis, j’ai enfin trouvé mon but, mon objectif, le rêve professionnel que je veux réaliser ! Il m’a fallu passer par ce malaise intérieur pour le découvrir.

Petite, comme beaucoup d’enfants, je voulais devenir vétérinaire, et suite à la lecture d’un livre, je voulais soigner les animaux sauvages dans leurs milieux : vétérinaire volant. Puis, quand à 11 ans j’ai su qu’il fallait donner la piqûre de la mort pour abréger des souffrances, je n’ai plus voulu devenir vétérinaire.

Grâce à ma maman qui aidait des voisines, j’ai fait un peu de baby sitting et j’adorais ça : aider, m’occuper des enfants, jouer avec eux, rire avec eux… j’ai alors voulu devenir puéricultrice, surtout grâce à une amie plus âgée que moi qui faisait déjà ces études-là. Puis, grâce à mon beau-père (2ème mari de ma mère), j’ai découvert une passion pour la photo… en même temps, mon prof de français à l’école me découvrait un talent pour l’écriture et deux ans plus tard c’est moi qui me découvrais une véritable passion pour les oiseaux.

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J’avais entre 11 et 16 ans sur ces photos 🙂 elles datent donc de plus de 20 ans !

Bref, j’ai eu plusieurs passions et certaines sont encore d’actualité aujourd’hui. Mais grâce à des questions, à des images et à des mots dits et vus à ma formation la semaine dernière, ce matin, j’ai su que mon avenir professionnel est lié aux enfants et aux personnes âgées, toujours dans le terme avoisinant celui de Conseillère, mais avec une spécialité particulière que je ne vais pas vous révéler dans l’immédiat 😉 Avec les deux extrémités de la vie qui sont plus courtes dans le temps que l’état d’adulte d’âge intermédiaire, mais qui à mon sens sont les plus importants.

1ers commentaires de lecteurs, retours, essais

Ben oui, ce sont les adultes qui achètent et qui lisent avant de donner aux plus jeunes 🙂

Que des avis positifs : plein de poésie, que du bonheur, très poétique, jolies illustrations.

Et mes enfants s’amusent à regarder et à re-regarder les dessins. Ils préfèrent celui-ci, non plutôt celui-là, moi je préfère celui-là, non enfin je les aime tous ! et le jeu des 7 erreurs a été fait 2 fois, à chaque fois ils n’en trouvaient que 6, mais pas le même manquant ha ha

Ce soir, premier essai lecture format « kamishibaï »… y a encore du travail car certains passages, même écourtés, restent un peu long pour une image. Donc, je vais bûcher là-dessus et en refaire un 🙂

07/03/2013 : 82 livres

Sacha et le printemps dans la classe de ma fille

Il m’arrive d’écrire de petites histoires pour les classes de mes enfants. J’avais commencé quand ma fille était en moyenne section de maternelle. Ils ont un doudou en classe qui va chez l’un, chez l’autre, le temps d’une nuit ou d’un week-end. En maternelle, mes petites histoires se sont retrouvées dans la bibliothèque de l’école, c’était déjà chouette ! Aujourd’hui, je découvre que ma dernière création en date, est actuellement utilisée comme « leçon de lecture », pour la classe de ma puce, en 1ère primaire 🙂

Je suis occupée à redécouper cette histoire afin qu’elle soit utilisable dans un kamishibaï.

Dès que je le pourrai, je ferai des photos de l’histoire, insérée dans mon butaï A4.

Sacha et le printemps

Princesse Clématite, histoire pour enfant

Voici une des 13 histoires qui compose mon dernier recueil : Un oiseau peut en cacher un autre (et autres contes pleins d’animaux).

Pour 8 euros (hors frais d’envoi), vous pouvez commander mon livre directement chez Atramenta ou, si vous êtes de Belgique, contactez-moi ! Une séance de présentation, d’information et de jeux d’écriture pour enfants est prévue bientôt, à Bruxelles. clic sur l’image pour découvrir le sommaire.

Princesse Clématite

Il était une fois une fleur très spéciale qui n’avait pas le moral. C’était la Princesse Clématite. Un jour de grand soleil, celle-ci expliqua à Dame Rose (une fleur voisine très gentille, mais aussi très curieuse) le pourquoi de sa tristesse :

— Je ne sais plus très bien à quoi je sers ni si je suis encore utile. Personne ne sait que j’existe, aucun bourdon, aucun papillon ne vient jusqu’à moi. Même le jardinier n’a pas un regard envers ma petite troupe de sépales.

La jeune Princesse pleurait son sort. Elle était l’unique survivante de sa famille et malgré sa petite taille, elle résistait encore et toujours aux aléas de la vie florale. Ses parents avaient établi leurs racines à côté de l’abri de jardin, derrière un imposant et magnifique rosier. À cette époque, ils devaient se cacher, car un fougueux mangeur de Clématites sévissait dans les environs. La bête en question n’était autre que la légendaire Limace Géante ! Depuis la dernière saison de pluie, ce gastéropode hors normes avait décimé toutes les fleurs bleues, clématites ou non, mais principalement celles-ci.

Ses parents avaient succombé alors qu’ils protégeaient leur unique enfant. L’assassin était passé juste à côté de la princesse, la trouvant trop chétive pour s’arrêter pour elle. Princesse Clématite cessa de grandir depuis ce terrible jour.

— Oh ! C’est terrible ce que vous me racontez là, Princesse ! Il est vrai que grâce à nos piquants, la Terrible Limace Géante ne s’intéresse pas à nous, lui dit Dame Rose en essayant de la réconforter.

Les épines de Dame Rose frissonnaient de tristesse. Et dans ses pétales, une certaine agitation commençait. Un bourdon qui butinait son pollen avait tout entendu. Ce dernier, indigné par l’histoire, s’empressa de s’envoler pour raconter le malheur de la princesse des Fleurs.

— Pardon, pardon, laissez-moi passer. J’ai un message urgent à transmettre au peuple des ailes. L’insecte au gros ventre jaune orangé poussait de son corps massif ses autres congénères à qui il avait demandé de se rassembler.

— Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, papa, maman, belle-maman, beau-papa, et cetera, j’ai une importante mission à vous confier. Pas plus tard qu’à l’heure où le soleil était entre nos deux arbres préférés, j’ai entendu une terrible histoire que je dois vous conter.

Le bourdon, chef de sa colonie, imposa le silence. Il expliqua en détails toute la mésaventure de la Princesse Clématite. Après quelques bourdonnements de stupéfaction, tous étaient d’accord pour venir en aide à la princesse. Chacun avait pour mission de raconter l’histoire à une autre famille d’insectes. C’est ainsi, qu’après bien des distances parcourues, bon nombre de papillons, d’abeilles et autres butineurs avaient vent de l’affaire en cours.

Le Chef Bourdon élabora un plan diabolique pour exterminer la Limace Géante.

— Que les membres de ma colonie continuent à travailler. Il ne faut surtout pas montrer que nous nous occupons d’autre chose, ça pourrait éveiller des soupçons. Vous les papillons, vous irez vous poser – et butiner si vous le souhaitez – sur toutes les roses de la cabane pour veiller sur la Princesse Clématite et enfin, vous les guêpes, vous assurerez notre protection à tous. Une guêpe par insecte devrait suffire. Je répète, il ne faudrait pas éveiller les soupçons du Tueur de Clématites. Enfin, quand je décrirai trois cercles au-dessus de la Fleur Solitaire, ce sera le signal pour dire que le jardinier arrivera. Seuls les papillons resteront près de la Princesse pour guider le Grand Maître du jardin. Est-ce clair ? Des questions ? Non ? Alors au travail mes amis !

Bien dissimulée par les mauvaises herbes et par un tas d’orties, la Limace Géante a tout capté du plan.

— Ainsi donc, la Princesse Clématite vit toujours, quelle délicieuse nouvelle ! dit la plus terrible des créatures rampantes en se léchant la bouche gluante.

Le monde ailé est en ébullition et chacun se met en place, prêt à tout pour sauver la dernière Clématite de cette propriété.

Quelques instants plus tard, le Chef Bourdon décrivit trois cercles au-dessus de la Fleur Solitaire. Le soleil se coucha lorsque le jardinier ouvrit la porte de la maison de briques et sortit avec son arrosoir pour donner à boire à tout végétal en terre ou en pot. La journée avait été chaude et sèche, tous attendaient avec impatience cette eau divine.

Dans le jardin, un doux bourdonnement éveilla la curiosité du Grand Maître du jardin.

— Tiens, que font ces insectes encore debout à cette heure tardive ?

Quand il s’approcha des rosiers, il stoppa net et déposa l’arrosoir. Devant lui, sur chacune des treize roses se tenaient trois papillons ! Ce ne fut pas tant le nombre d’espèces différentes de ces papillons qui l’étonna, mais bien leur comportement. Tellement surpris par ce spectacle, il ne prit pas la peine d’aller chercher son appareil photo et voulut comprendre la raison de ce soudain regroupement. Aucune aile ne bougea quand il toucha une tige du rosier. Puis, tout à coup, les roses qui entouraient la Princesse Clématite bougèrent, poussées par certains papillons qui avaient ouvert leurs ailes. Dame Rose encourageait ses sœurs à fournir un dernier effort et à ne pas crier alors que les pattes des insectes tiraient leurs pétales. Petit à petit, une minuscule fleur bleue apparue au regard du jardinier qui gardait des yeux immensément ouverts devant une telle volonté de la nature !

— Oh ! Mais que fais-tu là toute seule, Petite Fleur ? Tu es bien trop jolie pour te cacher. Même un ciel bleu dégagé de nuages n’a pas autant de lumière que toi. Ne sois pas timide, montre-toi, je ne te ferai aucun mal, bien au contraire !

Pendant ce temps-là, l’horrible créature tueuse en série rampait doucement, mais sûrement vers sa victime convoitée. Mais c’était sans compter sur une jeune coccinelle qui admirait le spectacle depuis l’envers d’une feuille de rose.

Alors que le Grand Maître du jardin rentrait en vitesse chez lui pour aller chercher tout le matériel nécessaire à la protection de sa dernière Clématite (ficelle pour attacher certaines tiges des rosiers afin que La Petite puisse avoir du soleil, tuteur pour lui permettre de garder la tête bien droite, purin d’amour pour une bonne croissance,…), la Limace Géante arriva au pied de la Princesse !

Miss la coccinelle avait des contacts dans tous les rangs d’insectes. C’est ainsi qu’elle eut l’idée de contacter Tica, une amie de longue date. Cette amie, élevée au rang de Tique Solitaire, a élu domicile sur un aimable hérisson. Lequel ne doit plus faire sa réputation d’amateur de limaces ! Et à l’instant même où la Terrible Limace commença son ascension sur la tige de la Princesse Clématite, la terre se mit à trembler et une forte odeur de mammifère affamé arriva rapidement dans toutes les narines.

— Hum, je sens un fumet puissant de limace ! Le festin va être exceptionnel, car l’odeur est forte et… exquise ! Elle est où ? Elle est où ? dit le hérisson hors d’haleine qui arriva en courant et en regardant de tous côtés.

Personne ne dut lui préciser le chemin. En moins de temps qu’il ne faille à un papillon pour s’envoler, la Limace Géante fut dévorée ! D’aussi grande taille fut-elle, la Terrible Créature n’a pu faire face devant une bouche si immensément gourmande.

Le jardinier arriva juste après, se désolant de ne pas avoir été plus rapide. Lorsqu’il aperçut la tige abîmée de la Princesse Clématite (elle avait été un peu écrasée par la patte puissante du hérisson), il se retourna, arracha une toile d’araignée proche et entoura la blessure du doux filet apaisant.

— J’espère que cela suffira. Je suis désolé pour toi l’araignée, mais c’est pour la bonne cause !

Lorsque le jardinier dévoila la Princesse Clématite à tous les habitants du jardin, un magnifique papillon aux reflets azuré, inconnu jusqu’ici, arriva et posa ses pattes délicates sur la petite fleur rayonnante de bonheur.

— Princesse Clématite ? Comme je suis heureux d’enfin vous trouver ! Laissez-moi me présenter : Prince Argus pour vous servir. Mes ailes ne doivent leur couleur qu’à votre pollen. Accepteriez-vous ma trompe ?

Princesse Clématite ne sut que dire… Si ce n’est que pour toute réponse, elle ouvrit davantage ses sépales pour offrir son cœur tendre au Prince.