Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (4)

Chapitre 4

Entre l’épicier qu’il fallait surveiller et la factrice bizarre, Juliette se faisait du mauvais sang. Elle s’inquiétait, elle stressait. Voilà une semaine que Mathieu avait reçu son paquet. Pour la première fois, il ne lui avait rien dit, rien montré, rien confié. Pour la première fois, Lisa avait échoué dans sa recherche sur la vérité. Elle avait fouillé, triché, utilisé tous les subterfuges, elle n’était pas parvenue à percer le nouveau mystère qui entourait son petit garçon.

La rentrée des classes était là. Premier lundi dans cette nouvelle école pour les enfants. Ce matin, il y avait un brouillard à couper au couteau. Lisa, qui avait des problèmes respiratoires par moment, un asthme intermittent qui l’obligeait à prendre des médicaments pour ne pas tousser incésemment, n’aimait pas quand il y avait de la brume, du brouillard, tout ce mauvais temps qui l’empêchait de vivre normalement.

Pour cette première journée particulière, Juliette accompagnait les enfants. Mathieu était plutôt serein contrairement à ce que redoutait sa mère. Fin juin, juste avant les vacances d’été, ils avaient pu visiter l’école, découvrir leur future classe et leurs instituteurs. C’était sûrement grâce à cela que le petit garçon se sentait moins nerveux. Il avait déjà pu voir l’endroit où il passerait huit heures par jour, cinq jours par semaine. Il avait pu parler brièvement à son instituteur. Même si après toutes ces semaines de vacances, il en avait oublié son visage, la disposition des bancs, quatre rangées sur trois, lui rappelait quelque chose, de même que les portes-manteaux et les fenêtres décorées avec des peintures d’enfants.

Alors que l’épicier n’avait pas d’enfant, il rôdait quand même aux alentours de l’école, sur la place de l’Orange, tout près du puits. Le puits et l’établissement scolaire n’étaient pas si éloignés l’un de l’autre. Certes, il y avait la boulangerie entre eux, mais nous étions lundi, celle-ci était fermée. Les gens du village qui le connaissaient ne s’en étonnaient plus. À chaque fois que le temps était opaque, que la brume déposait ses nuages humides dans le village, cet ancien détenu au visage mutilé, délaissait son épicerie pour se promener une dizaine de minutes près du puits interdit. La légende serait-elle vraie ? Un petit garçon apparaissait-il dans le puits, dans ce puits par ce temps flou ? Sean ne l’avouera jamais, mais c’étaient uniquement à ces moments-là qu’il pouvait converser presque normalement, se confier même, à un enfant qui ne s’encourait pas quand il le voyait.

La brume rendait la visibilité difficile, à tel point que les habitants d’un côté de la place ne voyaient que des silhouettes sombres bouger à l’autre bout. Le puits était là, à sa place depuis tellement d’années que plus personne ne prêtait attention à lui. Plus personne, sauf l’épicier. Certains superstitieux avaient voulu le détruire, comme tous ceux qui croyaient en cette légende, mais le bourgmestre du village n’avait pas accédé à cette demande justifiant que ce puits faisait partie intégrante du patrimoine et que c’était justement grâce à cette légende que les touristes du monde entier venaient encore jusqu’ici pour loger. La curiosité, il n’y avait que ça qui faisait vraiment vivre le village. Comment feraient tous ces petits commerces de proximités s’il n’y avait pas ces visiteurs venus d’ailleurs ? Il suffisait de 5 à 6 semaines de logement sur place pour faire la moitié de leur chiffre annuel ! Le bourgmestre aimait donner des détails, des chiffres. Il était né dans ce village, il y avait grandi, vieilli, et il y mourrait assurément. Et tant qu’il serait encore en vie, personne ne pouvait toucher à ce puits.

Autour du puits, la brume s’était opacifiée, devenant plus blanche, plus compacte. Selon l’endroit de la place où l’on se trouvait, on pouvait en effet discerner une tache jaune pâle flotter à 1,20 mètre de la planche en bois qui couvre le puits. Si on clignait rapidement des paupières, un visage rond se dessinait en dessous de cette tache. Et si on tournait légèrement la tête, d’un côté ou d’un autre, la vision périphérique de l’homme pouvait éventuellement capter deux bras levés, deux bras qui demandaient de l’aide. Si on ne fixait pas l’apparition, on devinait alors le corps d’enfant, plutôt frêle, presque nu, sans chaussures. L’épicier, qui était assis, une fesse sur le puits, fit semblant d’allumer une cigarette pour entamer la conversation avec La Légende. Sean n’avait jamais vu l’enfant de face. Il faisait confiance à sa bonne vue, il savait que les effets d’optique pouvaient exister, mais dès la première fois où il avait aperçu ce blondinet en clignant des yeux, il avait su qu’il ne s’agissait pas d’une illusion. Les illusions ne parlaient pas, ou alors seulement, parfois du bout des yeux !

En ce nouveau début d’année scolaire, en cette fin d’été, la vision s’éleva encore un peu plus pour mieux se fondre dans un filet épais. Dans un chuchotement, il prévint l’épicier :

— Et l’orange deviendra peur !

D’habitude, l’apparition ne faisait pas de prédiction ou de truc de ce genre. D’habitude, Sean et le blondinet parlaient du beau temps, de sa collection de crânes, de l’élevage de crevettes de la factrice, de la construction du café au-dessus de la ferme, mais jamais de faits graves. Sean lui demanda discrètement s’il savait lui en dire plus, s’il parlait de l’eau orange de la fontaine, si la peur avait un lien avec une catastrophe, un malheur, un accident, si cela concernait un enfant ou non. Mais l’apparition ne disait déjà plus un mot. Elle était partie comme elle était venue, en toute discrétion. Elle avait emporté avec elle un nouveau mystère. Pour l’épicier, cette mise en garde était sérieuse. En trois ans qu’il était là, en une dizaine de rencontres et de discussions avec La Légende, jamais il n’avait entendu de telles paroles qui prévenaient d’un danger imminent. S’il n’était pas le seul à apercevoir l’apparition, Sean se savait privilégié car personne d’autre ne parlait avec elle. Il garda donc cet avertissement pour lui, ne sachant pas à qui il aurait bien pu se confier.

La silhouette enfantine s’était évaporée tout comme le brouillard s’était levé subitement. Plus les secondes passaient, plus Sean devenait obnubilé par cette prophétie. L’épicier supposa que l’arrivée de cette nouvelle famille dans le village venait de pair avec la prophétie. La coïncidence était trop grande pour qu’il ne fasse pas attention à ce signe. Sean se mit en devoir de surveiller et de protéger le petit Mathieu. Il en était sûr, cela le concernait, il le sentait au plus profond de lui, sa cicatrice sur la joue ne le trompait pas, jamais, elle le démangeait beaucoup plus quand il avait raison, quand il suivait ses intuitions.

À quelques pas de là, à l’école, ce premier jour se passa sans le moindre souci. Les nouveaux élèves furent rapidement connaissances avec leurs camarades, et les instituteurs, au nombre d’un pour deux classes, étaient de bonne humeur et rendaient cette journée particulière pour les enfants, exceptionnelle. L’ambiance était à la découverte du programme scolaire, de la nouvelle tête du professeur d’éducation physique et bien sûr, de la liste des incontournables matériels indispensables. Le journal de classe était toujours attendu avec impatience ; cette année, c’était un artiste peintre qui avait illustré la couverture et c’était l’institutrice des « moyens » qui avait égrainé les semaines d’expressions et d’autres citations connues.

La première puis la seconde récréation de la journée s’écoulait dans les rires et la joie des enfants. La brume levée, le soleil dominait à présent pour le reste de la journée. Les températures montaient rapidement dès onze heures. Il fait 25 °C vers les coups de quinze heures quand la cloche sonnait la fin de ce premier lundi.

Mathieu était souriant, il s’en allait tout seul vers la sortie, oubliant d’attendre sa sœur qui traînait déjà, bavardant, insouciante comme Lisa savait l’être. Pour elle, cette première journée d’école s’était soldée avec la connaissance de deux filles de sa classe et d’un garçon canon d’un an son aîné, qui était également dans sa classe, mais en dernière année primaire. Elle appréciait ce regroupement de niveaux, elle s’entendait mieux avec les enfants plus âgés.

L’école, située à droite, tout au bout de la place d’Orange voyait tous les enfants s’éparpiller dans toutes les directions. Mathieu, joyeux, faisait halte à la fontaine. Comme il l’avait déjà fait auparavant, il cueillit dans ses paumes un peu d’eau orange et la porta à ses lèvres comme s’il s’agissait d’une quelconque potion magique. L’eau, très goûteuse, ne collait pas, ne tachait pas. Le petit garçon, d’un air malicieux, attendit que Lisa soit tout près de lui pour l’asperger. Mathieu était euphorique, très, trop. C’était tout à fait inhabituel. Désinhibé, sûr de lui, il riait aux éclats, courrait autour de la fontaine, aspergeait Lisa en claquant sa main dans l’eau, puis levait la tête en arrière et ouvrait grand la bouche pour attraper quelques gouttes oranges qui retombait un peu partout. Lisa ne le reconnaissait pas, lui d’habitude si calme, introverti, timide, voilà qu’un démon avait pris possession de son corps ! Tout le monde autour d’eux souriait, certains se moquaient de lui, d’autres disaient qu’il est saoul et s’en indignait vu son jeune âge. Lisa, elle, commençait à avoir peur. Elle ne savait pas ce qu’elle devait faire, mais voir son petit frère aussi excentrique, aussi fou, aussi hors de lui la mettait très mal à l’aise. D’une impulsion subite, elle l’attrapa par la main et l’éloigna de la fontaine. Puis une claque aussi soudaine que brutale le gifla sur la joue. Lisa avait tant rêvé faire ça un jour ! Mathieu, une main sur son visage, raide comme une statue, commença à pleurer. Et c’est là, entre deux sanglots et une vue quelque peu brouillée, qu’il vit une tache orange sur le t-shirt de Lisa, juste au col. Tout en se frottant la joue, et en continuant de chouiner faisant croire qu’elle l’avait presque tué, il observa la tache s’accroître. Il n’osa rien dire à celle qui venait de le frapper. Petit à petit, d’autres taches, de la même couleur, auréolaient les vêtements de sa sœur. Les vêtements, puis la peau ! Lisa ne remarqua rien de tout cela, elle était encore impressionnée par le changement de comportement de son petit frère. Elle ne prêta même pas attention au doigt de Mathieu qui la montrait. Elle ne réalisait pas ce qu’il se passait quand elle commença à se gratter au cou, puis en dessous d’un bras, puis de l’autre pour finalement être prise d’une crise d’urticaire sur le moindre centimètre du dessus de son corps. Très vite des plaques rouges, boursouflées firent leur apparition. La jeune fille fut prise par une quinte de toux. Tout alla très vite ensuite. Son asthme se déséquilibra, l’air resta comprimé dans ses poumons, son thorax se creusa. Elle manqua s’étouffer ! Mathieu assista à cette subite poussée d’asthme et eu le réflexe d’aller chercher l’inhalateur de sa sœur qui se trouvait, normalement, toujours dans son cartable. Ce médicament de secours était justement là au cas où elle était prise d’une crise subite. La souffrance se lisait sur le visage de Lisa, elle était devenue très pâle, ses lèvres étaient bleues, ses yeux inondés de larmes et de panique.

Un témoin de la scène avait été chercher la pharmacienne. Celle-ci, tout en ronchonnant parce qu’on la faisait sortir de sa boutique, arrivait quand même avec un médicament dans sa main.

— Tiens, avale ça tout de suite. Tu fais une crise d’allergie, lui dit-elle en la forçant à boire le petit gobelet d’eau et le comprimé, minuscule et rond.

Les secondes furent interminables, les minutes inquiétantes. L’état de Lisa se stabilisa lentement. Lentement, mais sûrement. Mathieu s’était enfoui quand tout un attroupement avait commencé à se former autour de Lisa et de la pharmacienne. En un temps record, il était rentré à la maison et avait tout expliqué à sa mère qui allait justement sortir pour les retrouver en chemin.

Moins d’un quart d’heure plus tard, ses parents étaient sur la place de l’Orange. Les joues de leur petite fille avaient retrouvé le rose habituel, ses lèvres étaient de couleurs normales et le mouvement respiratoire de sa cage thoracique avait également repris un rythme habituel. Mais les plaques orange étaient toujours présentes. Elles grattaient simplement un peu moins. Lisa était fatiguée, elle voulait dormir ! André, malgré des douleurs toujours présentes à son épaule et le poids important de sa fille, la porta dans ses bras.

Sean, lui, resta figé. « Et l’orange deviendra peur » prend tout son sens. Il n’osa même pas se retourner pour regarder le puits. Il savait que son ami avait vu juste. Il supposa que le médecin ira voir la petite à la maison et lui dira qu’elle était allergique à l’eau de la fontaine. On lui fera une prise de sang pour confirmer ça, une seringue, du sang, tout ce qu’il a en horreur.

Il se demanda néanmoins si d’autres personnes allaient devenir subitement allergique à cette fontaine, symbole de joie et de retrouvailles sur cette place.

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Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (3)

Chapitre 3

L’impasse des Mésanges doit son nom à l’ornithologue Audubon qui vécut dans ce village durant son enfance dans la fin du XVIIIe siècle. Tout jeune qu’il était, Audubon connaissait sur le bout des doigts pas moins de vingt-quatre espèces d’oiseaux. Il était capable de les reconnaître visuellement, mais aussi grâce à leur chant. Il surprenait tout le monde en mentionnant non seulement le nom complet de l’oiseau, mais également son nom scientifique, en latin ! Un jour, alors qu’il avait seulement six ans, il passa tout un après-midi dans une impasse à soigner une petite mésange tombée du nid. En cherchant l’abri du pauvre petit, Audubon remarqua que dans le seul marronnier qui se trouvait à proximité, il n’y avait pas moins de six couples de mésanges charbonnières, quatre couples de mésanges bleues, deux de mésanges noires et un seul de mésange huppée. En sachant que certaines espèces de mésanges sont capables d’avoir une dizaine d’œufs en une seule ponte, et que si la saison est « bonne », elles peuvent avoir jusqu’à trois pontes par an, Audubon calcula que bientôt, il y aurait plus de cent petites mésanges en apprentissage de vol et qu’il n’avait pas bientôt fini de se faire du souci pour elles. Audubon fit sa première expérience de bagage de la sorte et constata, grâce au fil qu’il accrochait aux pattes des petites mésanges, que celles-ci revenaient nicher dans le même arbre chaque année. C’est ainsi qu’il fut décidé, en 1798, de baptiser cette impasse, l’Impasse des Mésanges.

La plaque avec le nom de l’impasse était très explicite. Cette information plut beaucoup à Juliette qui avait, dans sa bibliothèque, un très bel ouvrage de cet ornithologue mondialement connu plus pour ses magnifiques et réalistes illustrations que pour sa douceur envers la gente ailée.

Juliette souriait à son fils, elle appréciait la visite du village à ses côtés. Sa première balade allait se terminer et Mathieu la guida vers la maison par le chemin qui passait devant le cimetière des animaux et passaient devant la maison de la factrice, leur voisine de gauche. Le garçon était fier de montrer à sa mère qu’il avait repéré le petit dessin de l’enveloppe au sommet de la porte. Juliette, elle, était plutôt intriguée par la boîte aux lettres. Fait main à tous les coups, celle-ci, en bois et métal, était de forme rectangulaire comme presque toutes les boîtes aux lettres du village. Le nom de la propriétaire, Louise Brimete, était gravé en lettres manuscrites avec une peinture ou une encre très étrange, car elle semblait bouger selon que l’on venait de gauche, de droite ou pile en face du nom. Le travail était considérable en sachant que le nom avait d’abord été fait avec un appareil spécial, tout en finesse et délicatesse, puis un pinceau ou tout autre feutre avait dû repasser dessus, sans trembler, sans dépasser. Un vrai travail d’artiste. Sur les côtés latéraux de la boîte aux lettres, des motifs de coquillages, de méduses et de crevettes étaient gravés dans le bois ! Une factrice qui aimait que les choses soient bien faites. C’est l’instant précis que choisit l’habitante de cette maison pour sortir de chez elle.

Confuse d’être prise sur le fait, le nez quasi collé à la boîte aux lettres, Juliette devint toute rouge et bredouilla un bonjour comme excuse. Elle ne put néanmoins pas s’empêcher de demander des explications à cette voisine calme.

— Bonjour, excusez mon indiscrétion, mais puis-je savoir quelle peinture vous avez utilisée pour obtenir cet effet si spécial ? On dirait que les lettres sont vivantes, qu’elles bougent ou qu’elles respirent !

— Ah ! Si vous saviez, chère voisine, cette encre comme vous dite est unique. Elle nous vient de très loin et est de très proche en même temps. Je l’ai découverte lors de mon dernier voyage en Gasparie, ce pays magique que très peu de gens connaissent. Là-bas, on trouve de tout, mais tout est différent : la nourriture pousse dans les assiettes, les chiens font pipi en l’air et les arbres fleurissent au moindre courant d’air, surtout en hiver ! Il y a encore là-bas bien d’autres choses que vous n’oseriez même pas imaginer. Mais, je vais vous laisser, je dois faire ma deuxième tournée de la journée. Mon travail m’attend, n’est-ce pas cher enfant ? Ça te dirait un jour de venir m’aider aussi à distribuer le courrier ?

Juliette était déconcertée par le bavardage de cette voisine. Elle se disait que décidément dans ce village, tous avaient quelque chose de bizarre ! En promettant que Mathieu serait ravi de l’aider une prochaine fois, Juliette rentra chez elle, avec Mathieu sur ses semelles.

Louise Brimete n’avait pas entendu la réponse de sa voisine, car celle-ci lui tournait le dos quand elle lui avait répondu. Et la factrice était sourde comme un pot ou plutôt comme on aimait le dire : dure de la feuille, très dure… des deux feuilles ! Si elle savait parler tout à fait normalement, personne ne remarquait son handicap, car elle avait appris à lire sur les lèvres mieux que n’importe quel entendant. Louise n’avait pas entendu la réponse, mais pour ne pas montrer qu’elle était sourde,, elle ne demanda pas de répéter la réponse, elle s’en alla préparer sa deuxième et dernière tournée de la journée.

Le lendemain matin, c’était Lisa qui sortit la première de la maison et qui découvrit sur le bas de porte un petit paquet qui sentait bon les couques. Elle l’apporta à son père qui était dans la cuisine. André ouvrit le sac et appela son fils. Dans le sachet, il y avait de bonnes pâtisseries pour toute la famille, mais aussi une petite boîte rectangulaire, en carton, avec un mot écrit dessus : pour le blondinet, attention fragile, ne pas secouer. Juliette qui arriva en même temps que Mathieu devina immédiatement à qui ils devaient ces délicieuses couques : à l’épicier qui faisait la file la vieille, à la boulangerie. Contre toute attente, Mathieu s’empara subrepticement de la petite boîte avant même que son père ne puisse lui demander une explication. Juliette arrêta son mari par une main posée sur son bras. Dans un langage tacite que seul le couple comprenait grâce à une vie commune depuis une quinzaine d’années, André stoppa son élan. Mathieu finirait bien par tout montrer à sa mère dès qu’ils seraient seuls, en tête à tête. Il finissait toujours par lui parler, même plusieurs moins après un incident.

Lisa, jalouse que son petit frère qui ne faisait jamais rien pour s’intégrer reçoive un cadeau d’un inconnu et pas elle, râla dans son coin en se jurant qu’elle saurait avant sa mère ce que dissimulait cette petite boîte rectangulaire.

Enfermé dans sa chambre, caché dans son lit surélevé avec un drap au-dessus de sa tête et sa lampe de poche allumée, Mathieu ouvrit délicatement son paquet avec le petit canif qu’il avait reçu de son parrain pour son dernier anniversaire. En frottant ses mains moites sur son pyjama, le petit blondinet trembla de joie à l’idée de ce qu’il allait découvrir. Quand il pensa à l’expéditeur, il avait peur, mais quand il souleva le mouchoir qui protégeait l’objet, il sourit et toute tension s’évanouit. De ses doigts fins, de ses ongles rongés, de ses petites peaux mangées, l’enfant prit dans sa paume de main le petit squelette de ce nouveau rongeur. Ce n’était pas une souris, c’était légèrement plus grand. Un rat peut-être, de belle taille, avec une incisive manquante.

Dès à présent, un lien particulier s’était tissé entre Sean le collectionneur et Mathieu l’enfant rêveur.

Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (2)

Chapitre 2

Le lendemain, André devait s’activer. Sa femme, Juliette, allait rentrer à la maison. Il fallait tout faire pour lui faciliter son retour, sa réadaptation. Avec l’aide du voisin de droite, un fermier bien sympathique qui venait d’ouvrir un café d’un nouveau genre au-dessus de sa ferme, André, cet informaticien de métier, s’organisa du mieux qu’il put afin que sa famille soit le plus confortablement installée dans cette nouvelle région.

Une semaine plus tard, Juliette pouvait enfin faire de courtes balades. Sur les conseils de sa kinésithérapeute qui n’hésitait pas à faire treize kilomètres pour la soigner, Juliette avait l’obligation de s’aérer une fois par jour, en allongeant, après chaque sortie, la durée du temps passé dehors. C’était ainsi qu’un jeudi matin, jour d’ouverture de la boulangerie, Juliette et son fils quittaient la maison encore endormie pour aller chercher un petit déjeuner exceptionnel pour toute la famille.

Quatre minutes et trente-huit secondes après avoir fermé la porte de la maison, Mathieu se confia à sa maman.

— C’est vrai que je vais disparaître ? lui demanda-t-il, inquiet, en regardant le puits de la place de l’Orange.

Habituée aux questions plutôt déroutantes de son fils, Juliette, connaissant la légende qui avait donné le nom au village, lui répondit calmement :

— C’est encore ta sœur qui t’a fait peur ? Ne t’inquiète pas mon trésor, ce n’est qu’une légende. Il y a beaucoup de légendes dans le monde, et c’est justement parce qu’on n’a pas assez de preuves sur ce qu’il s’est passé, que cela s’appelle Légende.

— Il existe combien de légendes ? Et ça veut dire que si je retrouve un vêtement de l’enfant ou son cadavre, la légende va partir ? Ce sera une preuve ? Mais le nom du village, il va changer aussi alors ?

Aïe ! Juliette avait oublié combien une question, ou une réponse, pouvait en entraîner une centaine d’autres chez Mathieu. Elle lui répondit de façon telle qu’il se sentit rassuré, puis elle embraya sur un autre sujet.

— Papa m’a dit que tu as trouvé un objet particulier que tu ne veux pas lui montrer ? Il doit s’agir d’un grand secret alors, mais est-ce que à moi, tu me le montreras ?

— Tu pourras le voir si tu devines ce que c’est, affirma l’enfant d’un air malicieux.

Juliette n’était pas très forte dans les devinettes, mais comme son fils ne s’exprimait pas aisément et ne se confiait pas vite, elle craignait qu’il ne soit tombé sur une arme, de la drogue ou toute autre chose dangereuse. Elle lui fit part de son inquiétude et celui-ci, du haut de son mètre vint-six, lui rétorqua qu’elle n’avait aucun souci à se faire, que ce n’était absolument pas dangereux, juste insolite. Oui, il utilisait parfois des mots qui n’étaient pas courants dans la bouche d’un enfant de huit ans.

Mathieu visualisait très bien le squelette de la souris qu’il avait trouvé dans le cimetière la veille. S’il laissait sa maman gagner à ce petit jeu de questions, il ne lui dévoilerait cependant pas comment il avait eu l’idée de traîner dans ce cimetière. Il tairait également sa rencontre bouleversante avec l’épicier du village, cet homme qui lui faisait peur et qui l’intriguait en même temps. Il n’avouerait pas non plus sa fascination pour le nettoyage et la conservation du petit squelette, ni ne reconnaîtrait son désir d’en trouver d’autres.

Actuellement, il ignorait même qu’il ressentait ce genre de sensation, cette envie de collectionner, cette tentation de voir s’aligner si parfaitement une série de squelettes appartenant à la même espèce. Tout ce qu’il éprouvait à l’instant, c’était une grande curiosité pour ce corps tout en os qu’il trouvait léger, beau et précis. Sans le vouloir vraiment, il étudia la biologie en cherchant sur son ordinateur comment s’appelait chaque partie du squelette de la souris, ses dimensions, ses particularités, ses caractéristiques.

En ce jeudi 25 août, à huit heures du matin, sur la place de l’Orange, c’était déjà la grande foule. Une file immense, allant jusqu’à l’école primaire, avançait à pas d’escargot. La boulangerie connaissait toujours autant de succès le seul jour de la semaine où elle était ouverte. Les villageois faisaient tous la provision des pains et autres ingrédients pour la confection de leurs tartes et autres pâtisseries. Les dix premiers clients servis avaient la chance de pouvoir repartir avec des biscuits à la recette toujours originale. La boulangère aimait gâter ses clients, elle aimait les surprendre, les étonner. C’était en quelque sorte une façon bien à elle de fidéliser sa clientèle pour que celle-ci revienne toujours chez elle, malgré son unique jour d’ouverture.

Juliette et Mathieu s’étaient placés dans la file, mais rapidement, la mère de famille éprouva des difficultés à rester debout, sans bouger. Les mains posées sur ses reins, Juliette était prête à demander à son fils s’il se sentait capable de rester seul dans la file pendant qu’elle allait s’asseoir un instant sur un des bancs de la place, quand tout à coup, une voix nasillarde les surprit derrière eux.

— Je peux vous prendre quelque chose, madame ? proposa Sean, l’épicier du village qui venait lui aussi se fournir chez la seule boulangerie ouverte à dix km à la ronde.

En entendant cette voix, Mathieu s’était tout de suite raidi. Il serra un peu plus fort la main de sa mère. Sans pouvoir se contrôler, l’enfant fit des mouvements secs et nerveux de sa tête pour signaler à sa mère qu’il ne voulait pas rester ici, devant cet homme, avec cet homme, tout près de cet homme. Juliette ne comprenait pas pourquoi son fils se mettait dans un tel état, mais elle avait l’habitude de ses réactions parfois démesurées. D’un regard entendu, elle lui répondit d’un léger signe de tête et dit à l’épicier :

— C’est très gentil, mais je crois que nous allons rentrer. Nous venons d’emménager dans le village et j’ignorais qu’il fallait se lever avec les poules pour avoir un petit déjeuner sympa.

— Comme vous voulez. Elle n’ouvre que les jeudis, mais c’est la seule à proposer une farine de qualité pour ce prix et c’est aussi l’une des seules à savoir préparer une Dorêye à tomber par terre ! Chaque dernier jeudi du mois, elle en propose une nouvelle, et on ne sait jamais à l’avance ce qu’il y a à l’intérieur, lui répondit Sean, un ancien détenu au visage plutôt repoussant et inquiétant.

Juliette quitta donc la file et profita d’être dehors pour emprunter un autre chemin. Quand elle marchait, la douleur à son dos s’estompait. Cela ne faisait que douze jours qu’elle avait été opérée d’une vertèbre, et huit qu’elle était sortie de l’hôpital. Elle avait toujours aimé marcher et les quelques jours où elle en avait été incapable à cause de la forte douleur, cela l’avait rendue malade de rester allongée presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Mathieu lui proposa de faire le tour de la place. Mais avant d’y arriver, il l’invita par un arrêt obligatoire à l’impasse des Mésanges. L’impasse était juste avant la place. Il savait que sa mère adorait les oiseaux et qu’elle serait ravie de voir et d’entendre autant d’espèces différentes regroupées dans un seul arbre.

Du côté de mes amis : Luc Dubois

Une nouvelle petite bannière a vu le jour dans la page Du côté de mes amis 😉

C’est le site de Luc Dubois, auteur de livres pour les enfants, animateur d’ateliers d’écriture, éducateur liégeois.

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J’ai fait sa connaissance via *face*book* il n’y a pas très longtemps. Il recherchait une aide pour imprimer une histoire écrite par des enfants. Il avait animé plusieurs ateliers dans une école primaire et les enfants, ensemble, ont écrit une chouette histoire. J’ai proposé mon aide pour imprimer cette petite histoire de façon à ce qu’elle soit comme un petit livret.

C’est ainsi que nous avons pu nous rencontrer pour de vrai (rires).

 

Roman jeunesse : La légende du Blondinet (1)

Merci à Jean-Claude, Paulette, Philippe, Émilie, Lucie, Rodolphe, Sylvie, Hervé, Aurore, Béa, Scoobydu41 et ma maman pour vos encouragements. Voici le premier chapitre de mon roman jeunesse intitulé : La Légende du Blondinet.

Je précise que j’ai eu l’idée de ce roman grâce à Stéphane, animateur extraordinaire d’ateliers d’écriture. J’ai commencé à écrire une histoire d’un village, thème de l’atelier de 2016 !

Puis ma famille et notre dernier déménagement m’a donné l’inspiration pour les personnages. Je voulais écrire une histoire sur des oiseaux… donc la voici 🙂

Tout cela commence gentiment et doucement. Il y a 25 chapitres en tout + un épilogue que je mettrais avec le dernier chapitre. Je programme un chapitre tous les dimanches, sauf si j’ai de nouveaux lecteurs, nouvelles lectrices qui m’encouragent pour que la publication soit avancée ou si vous êtes plus de 10 à me faire part de votre impatience  😉

J’ai relu le début et j’ai encore relevé des coquilles… soyez indulgent avec moi et n’hésitez pas à me faire la remarque s’il y a trop de fautes ou que l’histoire n’est pas claire ou trop compliquée à suivre.

Chapitre 1

Mathieu avait huit ans quand il a emménagé dans le petit village Le Blondinet. Avec sa sœur de deux ans son aînée et ses parents, ils avaient quitté la ville cet été pour venir s’installer dans ce petit coin de campagne, loin du bruit urbain et de ses activités bourdonnantes.

Au début de ces vacances, tout ne se passait pas comme prévu : il y avait d’abord eu André, son père, qui s’était fracturé une épaule dans une chute et qui du coup n’était pas très présent. Puis, il y avait eu Vicky, le-chat-le-plus-cool-sur-terre, qui avait tellement eu peur de ce changement de territoire, qui était presque mort de stress. Ensuite, Mathieu avait dû voir un dentiste en urgence pour lui arracher une dent de lait en souffrance sur laquelle il était tombé quelques mois plus tôt et qui avait donné vie à un abcès phénoménal dans la gencive. Enfin, pour terminer cette série des catastrophes, sa maman venait d’apprendre qu’elle allait bientôt séjourner à l’hôpital pour une opération imprévue. Pour Mathieu, c’en était trop. Hypersensible, déboussolé au moindre changement dans son quotidien, l’enfant se sentait mal et cherchait un endroit sécurisant où il se sentirait en confiance et où personne ne pourrait le déranger. Un endroit où lui seul pourrait avoir accès, un endroit secret qu’il serait le seul à connaître.

Un mois à peine après le déménagement, et donc deux semaines avant la rentrée des classes, Mathieu demanda à son père s’il pouvait aller tout seul à la place du village. Il avait vu une drôle de fontaine à l’eau orangée et cette curiosité l’interpellait. Pour André, la demande de son fils semblait étrange, car jamais il n’avait osé, jusqu’ici, aller vers les autres tout seul, découvrir l’inconnu sans donner la main à sa mère. Mais sa mère n’était pas là. André avait encore trop mal à l’épaule pour s’habiller et l’accompagner jusqu’à cette place qui ne se trouvait pourtant qu’à cinq minutes à pied de leur maison. Alors, André eu une idée.

— Tu peux y aller à condition que Lisa t’accompagne. Tu restes avec elle et vous revenez pour le dîner, lui dit-il sans lui laisser le choix.

Mathieu et Lisa ne s’entendaient pas très bien. Dans la tête du blondinet, un plan pour tromper la vigilance de sa sœur se mit rapidement en route.

— D’accord, mais je ne veux pas lui tenir la main.

C’était sur cet accord que les deux enfants partaient tout seul à la découverte de leur nouveau village Le Blondinet. Sur le chemin Lisa lui fit peur en lui racontant la légende selon laquelle le village tenait son nom à cause d’un garçon blond qui avait mystérieusement disparu sur la place, cette même place où ils se dirigeaient. Lisa n’oublia pas de préciser que cet enfant pouvait réapparaître quand il y avait de la brume.

— Il était blond comme toi et avait à peu près ton âge. Bouuuhhh ! Attention à ne pas t’approcher de ce puits interdit, sinon, tu disparaîtras toi aussi à jamais, dit sa sœur en levant les bras, mimant un fantôme.

Mathieu enrageait intérieurement. Lisa savait qu’il avait très vite peur et elle faisait exprès de lui raconter cette histoire alors qu’ils arrivaient déjà à la place de l’Orange. Mais quelques instants plus tard, à la vue de l’eau orangée qui s’écoulait de la fontaine en pierre bleue, le garçon avait déjà oublié la légende. Encouragé par le panneau qui expliquait l’origine de la couleur de l’eau, Mathieu s’assit sur le bord de la fontaine et trempa sa main dans l’eau au parfum fruité. L’enfant adorait les agrumes et la petite gorgée qu’il but le remplit de joie. Sans pulpe, sans pépin, cette eau de fontaine était un pur délice.

Comme il s’en doutait, Lisa ne faisait déjà plus attention à lui. Dans la cour de l’école qui se trouvait au bout du chemin, des enfants jouaient au basket. Lisa qui avait dix ans, mais qui en paraissait douze ou treize tellement elle était grande, adorait ce sport et c’était donc automatiquement qu’elle s’était dirigée vers ce groupe de basketteurs en culottes courtes. Mathieu, qui connaissait sa sœur sur le bout des doigts attendit cependant encore un instant assis sur le rebord de la fontaine que Lisa se retourna une dernière fois pour lui faucher compagnie. Dès qu’elle eut franchi la grille de la cour de l’école, il disparut silencieusement et partit découvrir le reste de la place tout seul, comme un grand.

Mathieu avait beaucoup de difficultés à se repérer dans le temps et dans l’espace, mais il avait cette innocence de l’enfant insouciant. Ce qui comptait pour lui, c’était l’instant présent. Il mémorisa quand même l’emplacement où il retrouverait sa sœur un peu plus tard.

Il venait de la fontaine, qui se trouvait presque au milieu de la place. Il y avait cet arbre gigantesque qui était juste à côté et qu’il ne pouvait pas louper ; pour Mathieu, cet arbre devait être visible même depuis sa maison tellement ses branches étaient immenses. Ces branches démesurées chapeautaient une demi-douzaine de bancs en bois. Ces bancs, toujours occupés, il devait pouvoir aussi s’en souvenir. Il n’y en avait pas deux de couleur identique. Même s’il avait peur de l’inconnu, des gens qu’il ne connaissait pas, des endroits dont il ne maîtrisait pas chaque détail, l’enfant se sentait bien ici : c’était calme, il n’y avait pas des avions qui pétaient ses tympans dix fois par heure, ni des trams qui grinçaient et qui criaient à chacune de leur arrivée en perçant ses oreilles.

Mathieu avançait tout doucement, aussi silencieusement qu’une petite souris. Ce n’était pas très difficile pour lui de ne pas se faire remarquer, il était tout mince, tout discret et savait se fondre dans le paysage mieux que personne.

Il passa à côté du puits sans même s’en rendre compte. Il n’avait jamais vu de puits de sa courte vie. Il pensait que c’était un trou sans fond, donc ce truc rond en pierre qui sortait du sol et qui était fermée par une simple et légère planche en bois, n’était pas un puits pour lui. Il prit le trottoir opposé à l’école et avança sans courir pour s’enfoncer dans une petite ruelle sombre. Il ne rencontra personne, pas même un chat, et commença à ressentir une petite boule au fond du ventre. La ruelle était vraiment étroite, les maisons étaient distantes d’un seul mètre cinquante, et même si elles n’étaient pas très grandes, leurs toits en pente étaient légèrement inclinés vers l’intérieur de sorte qu’il ne restait presque plus d’espace pour que le soleil puisse illuminer cet endroit.

Mathieu voulut faire demi-tour, mais quand il se retourna, il vit deux chemins différents. Il ne savait pas par quel chemin il était venu. Il eut soudain très chaud et l’hésitation lui fit perdre ses moyens. Les larmes commençaient à déborder de ses petits yeux et il partit en tournant le dos aux deux chemins. Il savait courir longtemps de la sorte, s’il ne pleurait pas.

Au bout de plusieurs centaines de mètres, la ruelle tournait légèrement pendant un petit moment. La rue s’élargissait, tournait brusquement à gauche, puis encore une fois à droite. Finalement, il vit une lumière, des maisons moins nombreuses, moins hautes et la rue s’agrandissait pour déboucher sur la place de l’Orange ! L’enfant n’avait pas compris comment il était revenu au point de départ, mais cela lui était bien égal. Il avança un peu plus, en marchant et chercha sa sœur dans la cour de l’école. Il la vit manquer un panier de peu. La balle rebondissait près de la grille et Mathieu tourna vite la tête histoire de ne pas croiser le regard de Lisa. Celle-ci fit semblant de ne pas le connaître et ne lui proposa pas de la rejoindre. Le rythme de son petit cœur ralentit.

Les mains dans les poches, Mathieu retourna sur la place en passant devant une boulangerie dont la porte était fermée. Le garçon savait lire depuis l’âge de quatre ans, mais il ne lisait que ce qu’il voulait bien et quand il le voulait bien. Il ne s’arrêta donc pas pour connaître les heures d’ouverture de la boulangerie, pourtant, il aurait dû, car celle-ci n’ouvrait qu’un jour par semaine, le jeudi ! Juste à gauche de l’Impasse des Mésanges, il retrouvait donc le puits, mais cette fois-ci, il venait d’un autre côté et vit le panneau avec le sigle interdit. Ça, ce panneau, il le connaissait fort bien. Il avait peinturluré la porte de sa chambre avec un grand rond rouge et cette barre horizontale blanche en son milieu. Il ne faisait jamais les choses à moitié et avec cette couleur vive sur sa porte, il était certain que sa sœur ne le manquerait pas, elle n’aurait plus aucune excuse pour dire qu’elle ne l’avait pas vu. Pas besoin de lire pour comprendre… mais tout le monde sait bien que les enfants sont toujours attirés par les interdits. Mathieu avait beau être un enfant pas comme les autres à cause de son QI élevé et de tout ce qui allait avec, il n’en restait pas moins un enfant. Sur le panneau devant lui, il s’arrêta et lu. Comme à son habitude, il lisait trop vite, se trompait de mot une fois sur trois et ne retenait que ce qu’il en avait décidé : puits fermé.

— C’est un puits ? C’est LE puits ? s’interrogea-t-il.

Ces mots, il les avait grommelés entre ses dents et lui seul les avait entendus. Instinctivement, il recula d’un pas. Dans sa tête, les mots de sa sœur raisonnaient à nouveau. Il n’avait pas neuf ans, il en avait huit, mais il était blond comme lui, comme cet enfant qui avait disparu. Blond comme La Légende.

Sans se poser plus de questions, il marcha à reculons et finit par prendre ses jambes à son cou pour retrouver sa rue, sa maison, sa chambre, son premier refuge. Qu’est-ce qui lui avait prit de croire qu’il pouvait trouver un endroit sécurisant sur cette place pleine de monde et de mystères ? Sa chambre lui convenait très bien pour le moment, certes, elle était un peu plus petite que la précédente, mais elle était tout en haut de la maison, plus de sœur pour l’ennuyer à frapper contre le mur pour voir s’il était réveillé, plus de voisins au-dessus de sa tête pour l’empêcher de trouver le sommeil. Il ne manquait plus que sa maman pour le consoler et le rassurer et il allait pouvoir retrouver sa sérénité. Bientôt. Oui bientôt, se promit-il.

Évidemment, il ne prit pas le chemin le plus court pour rentrer chez lui. S’il avait bien une mémoire exceptionnelle, celle-ci retenait surtout les chiffres et les détails qui paraissaient aux yeux des autres, même de ses parents, sans grande importance. Passer devant cette maison de repos joyeuse ou cette épicerie tenue par un étrange monsieur ne le surprenait pas. Par contre, les quatre croix qu’il apercevait au coin du trottoir opposé, ça oui ! Après ce cimetière pour animaux, il savait qu’il allait voir une autre croix, bleue, juste après, c’était le seul vétérinaire du coin. Et sur ce même trottoir, il allait passer devant une maison tout à fait ordinaire, mais sur laquelle la silhouette d’une enveloppe était dessinée en filigrane sur le haut de la porte. C’était la maison du facteur, ou plutôt de la factrice, sa voisine de gauche. Il lut quand même le chiffre de sa maison pour s’assurer qu’il s’agissait bien de la sienne, après tout, cela ne faisait que trente jours qu’il était ici, soit six-cent-nonante-six heures. Six-cent-nonante heures pour être précis, il devait enlever six heures, car ils étaient arrivés vers la fin de la matinée, et qu’il n’avait dormi que vingt-neuf fois. Il n’eut pas le temps de sonner qu’il vit Lisa venir en courant et lui crier dessus comme s’il était du poisson pourri !

— T’étais où ? Je t’ai cherché partout ! T’as pas intérêt à me refaire un coup pareil. Papa aurait pu me tuer si j’étais rentrée sans toi. Heureusement que maman n’est pas encore revenue, tu l’aurais fait pleurer.

Ça le faisait sourire quand il voyait sa sœur s’énerver de la sorte. Elle devenait toute rouge et ses yeux se rétrécissaient. Plus, elle s’énerva, plus il se marra. Inconscient des risques ou des dangers qu’il risquait en se perdant, Mathieu haussa les épaules et sonna à la porte de leur maison, sans répondre à sa sœur. La dernière phrase de Lisa l’avait quand même blessé. Il n’aimait pas voir sa maman pleurer. Il voulait qu’elle rentre, elle lui manquait terriblement.

La légende du Blondinet

Alors que je me tâte dans la relecture, correction et mise en page de mon conte « La princesse et l’araignée », je me surprends à lire sur ma liseuse, mon roman jeunesse écrit il y a deux ou trois ans !

Ce roman avait commencé grâce à un atelier d’écriture de et avec Stephane Van Hoeck : un village sans (100) histoires. Et j’avais eu envie de poursuivre l’écriture lors d’un challenge personnel où j’avais décidé d’écrire 50.000 mots en un seul mois de juillet. (Camps Nano mais j’ignorais qu’il existait de tels camps 😂)

Je pense que cela doit bien faire deux ans que je ne l’avais plus ouvert ce tapuscrit…

C’est sur ma liseuse, après avoir « fermé » mon dernier livre que je lisais  » Changer l’eau des fleurs », que je l’ai vu dans ma liste et que j’ai commencé sa lecture.

Malgré les fautes de temps, les fautes de mots, de conjugaison et d’orthographe, cela vous tenterait-il de le lire ici sur mon blog, petit à petit ?

Pour faire d’une pierre, deux coups, j’ai envie de vous demander de partager cet article avec cette demande. Ainsi, si je récolte plus de 10 avis positifs à chaque fin de texte, je mettrai la suite.

Cette demande particulière me permettra de poursuivre la publication gratuite de mon histoire au travers l’existence de ce blog.

Je pourrais imaginer également des petits jeux en lien avec cette histoire. Vous demander de deviner ce qu’il va se passer, comment va réagir un personnage, ce que vous auriez fait à sa place, etc.

Si vous voulez lire cette histoire, laissez-moi un commentaire soit sur cet article sur le blog ou sur Facebook, dans ma page « ecrimagine » ou même via Instagram, ou encore par mail (via formulaire de contact).

Dès que j’aurai 10 demandes de lecture, je lancerai le début de l’histoire, de la légende.

Dans la rubrique : 1 mois pour écrire un roman, en cherchant un peu, vous pourrez déjà débuter la lecture du 1er jet de ce roman jeunesse 😉