Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (12)

Chapitre 12

Une semaine était passée depuis le retour des deux enfants à l’école. Sur la place de l’Orange, à l’endroit où Mathieu était réapparu, il y avait encore un grand trou. Zip toujours en faction, aboyait de temps à autre, on disait qu’il discutait avec les fantômes. Le Chat ne gratta plus le sol, mais on fut étonné de trouver autour de lui des plumettes jaunes et oranges. Il était si rondouillard qu’il lui était véritablement impossible de sauter et de partir à la chasse aux oiseaux.

L’épicier était revenu la nuit dans le puits, au nez des villageois endormis. Il avait fait plusieurs fois la descente dans le plus grand silence et le plus grand secret. Seul Le Chat était au courant de ces escapades nocturnes. Un pacte avait été établi entre le félin et l’épicier. Si quelqu’un s’approchait, Le Chat devait miauler comme si on lui avait marché sur la queue. De la sorte l’épicier était prévenu et il pouvait éteindre sa petite lampe frontale et jouer à la statue jusqu’à ce qu’il entende le gargantuesque ronronnement arriver, signe que tout était tranquille à l’horizon. En échange de ce service, une fois l’exploration terminée, Sean lui offrait une boîte de délicieux thon, la meilleure marque qu’il avait dans son magasin, sans arête ni sel ajouté. Parfois, Le Chat avait aussi droit à des cadeaux trouvés au fond du puits… puits qui n’était évidemment pas condamné et que Sean ne cessait d’inspecter depuis cinq nuits consécutives !

Cette nuit-ci fut très fructueuse. L’épicier sortit du puits avec, dans la poche arrière de son pantalon, une feuille de papier au bord latéral déchiqueté. Il s’assura qu’il n’y avait personne sur la place puis sortit prestement du puits. Le Chat le suivit jusqu’à son magasin pour avoir sa récompense bien méritée. Pas étonnant qu’il prenne autant de poids ce matou s’il était gâté de la sorte pas Sean, et qui sait si d’autres n’ont pas passé un même deal pour d’autres affaires de ce genre ?

Le minou parti, l’épicier monta la volée d’escaliers qui menait à son petit appartement. La porte de celui-ci était toujours ouverte. Il s’empressa d’enlever ses chaussures remplies de terre. Les baskets ont cet avantage qu’elles sont assez souples pour pouvoir les enlever sans les toucher des mains. Comme bon nombre d’enfants, Sean, à plus de quarante ans, continuait toujours à se déchausser en mettant la pointe d’un pied contre le talon de l’autre. Puis, il inversa pour enlever l’autre chaussure.

Assis confortablement dans son fauteuil trois places, il s’allongea la tête près de la fenêtre et, comme l’avait fait Mathieu chez lui quelques jours plus tôt, il déplia le papier. À la différence près que lui remarqua tout de suite une plume orange et jaune glisser lentement par terre. Comme s’il c’était tout à fait normal, il la ramassa et la déposa sur la table basse, à portée de son bras, près du fauteuil, face à la télévision ultraplate, et ultra-géante. Sur la petite table carrée, un petit tas de plumes s’était formé. Un petit tas de jaune orange qui bougeait, qui volait, qui s’éparpillait au moindre courant d’air. À droite de ce petit tas coloré, une boîte rectangulaire trônait sur la table. Si les plumes n’étaient pas si vives, on aurait pu voir que cette boîte. Du papier journal en tapissait le fond, un peu de terre reposait comme première couche, puis entre du papier essuie-tout et des boules d’ouates, des ossements. Tous ces os n’étaient reliés à aucun autre, des petits bouts blancs, parfois entier, parfois cassé, parfois simplement fissurés. Fins, fragiles. Blancs. Immaculés. Puis une patte, avec encore quelques doigts griffus. Pas de tête, pas de bec, pas de museau, rien qui puisse du premier coup d’œil déterminer l’espèce de l’animal.

Par terre, le livre sur « Le Blondinet autrefois », les origines, la vie, l’histoire du village, et un autre sur l’identification des oiseaux. Un livre précis, avec des illustrations pointilleuses, des dessins pour reconnaître les moindres passereaux d’Europe. Les mâles, les femelles et les juvéniles y sont représentés. Même les œufs. Tout y est décrit, depuis la forme générale de l’oiseau, les couleurs de son plumage, son poids, sa taille, son envergure, mais aussi son régime alimentaire, sa reproduction, son nid, ses déplacements, ses territoires. Tout. Absolument tout. Sauf les squelettes.

L’épicier regardait encore la feuille de brouillon qu’il avait trouvé dans le puits. Comme dans les films ou les livres policiers, il s’attendait à lire une partie d’un journal intime, un appel à l’aide, ou quelque chose dans ce style. Mais il n’y avait là qu’un dessin. Un croquis. Un brouillon. Plein de hachures, de ratures, de croix. Aucune date. Depuis qu’il avait lu dans son entièreté l’explication sur le nom de son village, il s’était mis en tête de résoudre cette énigme vieille de plus de 150 ans !

Quand il était incarcéré, il a eu du temps pour réfléchir. Deux ans. 24 mois. 104 semaines. 730 jours. Des milliers d’heures. Dès ses premiers instants au pénitencier, il avait reçu un surnom : cœur de pierre. Il n’avait jamais pu se justifier, comme aurait-il pu verser des larmes ou éprouver le moindre remord pour quelque chose qu’il n’avait pas fait ?? Sa bonne conduite lui a quand même permis de travailler en prison en nettoyant les cellules et les bureaux. Il avait beau être innocent pour ce quoi on l’accusait, cela ne l’empêcha pas de ne montrer aucune répugnance à récurer les sols les plus crasseux, même lorsqu’il s’agissait d’enlever les rats et souris morts, pris au piège par la colle. D’ailleurs, c’est grâce à ce travail qu’il a commencé à s’intéresser aux squelettes d’animaux. Sur le chariot de nettoyage, en dessous du seau, il avait caché une petite boîte en carton qu’il avait fabriqué avec les déchets qu’il avait trouvés. C’était un cercueil de fortune pour les rongeurs morts et arrachés au sol. Dans sa cellule, sous son drap, à l’abri de tous les regards, il nettoya l’animal de façon à ce qu’il ne resta plus grand-chose à enlever pour voir les os. Il se laissa pousser ses ongles de sorte que lorsque ceux-ci étaient suffisamment longs, il pouvait gratter le reste de peau et de sang séché qui adhéraient encore sur les petits squelettes. Et c’est dans une bouteille vide de produit d’entretien qu’il cacha les corps légers, enveloppés dans du papier toilette.

Sean revoyait la naissance de ce passe-temps avec un sourire aux lèvres. Quand il avait été libéré, il n’avait pas pu prendre la bouteille avec tous ses fidèles amis défunts. Il s’était promis de reconstruire une famille semblable quand il retournerait chez lui, ou ailleurs car il n’avait plus de chez lui.

Le voilà aujourd’hui avec de beaux spécimens nettoyés, récurés et mis en valeur dans des boîtes en verre. Un véritable musée de squelettes. En lorgnant la boîte qui se trouvait sur sa table basse, il fronça les sourcils. Il n’avait pas encore pu déterminer l’espèce de cet animal mort, mais il avait une idée derrière la tête : tous les ossements ont été trouvés dans un puits où autrefois un enfant blond jurait qu’il voyait un oiseau rare, un oiseau jaune et orange, orange et jaune… comme sur le dessin qu’il regardait depuis bientôt vingt-cinq minutes. Le seul croquis qui n’ait pas été barré, griffonné, et le seul qui ai été mis en couleurs !

« C’est sûrement l’œuvre d’Icare Dewit », pensa Sean. Il n’a pas été kidnappé, il a dû tomber dans le puits puis se perdre dans les galeries dont personne ne connaissait l’existence.

« Mais pourquoi il ne s’est pas manifesté pour qu’on le retrouve ? » se demanda-t-il en se frottant le crâne tout lisse, en surchauffe.

« Combien de temps a-t-il survécu tout seul ? »

« Comment a-t-il fait pour vivre ? »

L’épicier n’arrêtait plus de se poser 36 mille questions. Son enquête ne faisait que démarrer et bizarrement, quand il pensa au blondinet, à son apparition, la silhouette du petit Mathieu se superposa à celle d’Icare.

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Des contes à lire, à écouter, à découvrir

Si vous n’avez pas beaucoup de livres de contes, pas de panique, il existe plein de contes à lire et à écouter sur la toile virtuelle.

Je ne vais pas dresser une liste de tous les sites et blogs qui existent, car ce serait une tâche aussi grande qu’une montagne qu’il me faudrait déplacer et que j’ai mal au dos (rires).

Quelques-uns que je connais et que j’aime beaucoup :

Dans le premier, vous pouvez entendre les conteurs chez qui j’ai suivi des formations et des ateliers d’écriture et d’initiations aux contes : Chantal Devillez, Stéphane Van Hoecke, Christian Schaubroeck. Retrouvez leur site sur ma page « du côté de mes amis« .

Si vous connaissez d’autres sites et blogs sur les contes que vous aimez beaucoup, n’hésitez pas à me le dire, je rajouterai leurs liens ici.

Raconter Des Histoires, Histoire, Disant, Conte

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Le conte en deux ou trois mots

Il est impossible bien sûr de résumer, de définir ce qu’est un conte en deux ou trois mots ! Ceux qui vous disent ça, vous racontent des carabistouilles !

Le conte est une petite histoire. Courte, et elle est faite, généralement, pour être contée à voix haute, si possible, le soir, près d’un feu, avec plein de gens autour de soi. L’histoire n’a pas toujours, nécessairement, une morale, mais on y raconte souvent des péripéties qui font réfléchir le lecteur, le spectateur.

Dans un conte, on imagine des histoires d’aventures qui n’existent pas ou qui autrefois ont existé, il y a longtemps, très longtemps. Les personnages sont des archétypes : des princes et princesses qui sont seules, malheureuses ou qui cherchent à se marier, des méchants tels des sorciers, sorcières pratiquant la mauvaise magie, des amis des héros qui donnent des objets magiques ou des fées qui aident le héros. Mais ce n’est pas que « ça ». Car selon les différents types de contes (voir article précédent), l’histoire peut avoir une origine de vérité, peut faire parler des animaux, peut être moralisatrice, peut faire peur, etc.

Les fins peuvent être joyeuses, tristes ou « sans fin » = fin ouverte où le lecteur peut s’imaginer la fin qu’il préfère…

Les contes démarrent, de préférence par une formulette d’entrée comme « il était une fois ». Il existe plein d’autres formulettes, à vous de choisir, ou pas, celle que vous préférez. De même, pour clôturer le conte, une phrase, une formulette de sortie. Vous avez le choix sur internet 😉

Voyez, il existe plein de variantes dans les contes. Et s’il est vrai qu’il faut quand même respecter une trame (article à paraître bientôt), un schéma narratif pour qu’un conte soit bien un … conte, nous avons quand même là une certaine liberté d’écrire ce que nous voulons à l’occasion de mon défi d’écriture.

Gothique, Fantaisie, Sombre, Femmes, Sorcière

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Il existe des livres qui regroupent différentes versions d’un même conte. Je n’en ai pas chez moi, mais j’ai pu trouver cet article sur Internet : Cendrillon. Ceci pour vous montrer toutes les possibilités qu’il existe de raconter un conte connu… alors imaginez le choix qui s’offre à vous d’écrire un conte avec autant de versions différentes, rien qu’avec votre imaginaire, vos mots, etc !

Enfin, voilà que j’ai découvert qu’Amélie Nothomb a écrit un petit recueil de contes en 1999 : Brillant comme une casserole. Illustré par Kikie Crèvecoeur, publie aux éditions La Pierre d’Alun.

Le premier conte : je l’adore ! Elle s’intitule « Légende peut-être un peu chinoise ».

Elle détourne le conte classique d’un prince qui doit se marier et qui recherche une belle princesse comme épouse… ça vous dir quelque chose 😊

Mais que faire, que dire quand ce prince rejette toutes les belles filles et n’ose avouer qu’il en a marre de toute la beauté qui l’entoure ?

Roman jeunesse : La Légende du Blondinet (11)

Chapitre 11

Lisa avait entendu qu’on avait retrouvé son petit frère. Comme l’école qui était aux premières loges et comme tout le village entier. Il y avait même tellement d’agitation autour du petit garçon qu’il prit peur et resta muet comme une tombe des jours durant. Les hommes les plus costauds ainsi que les ouvriers communaux, tous ceux-là avaient été réquisitionnés pour creuser le terre-plein au milieu du trottoir où Zip et Le Chat étaient d’ailleurs toujours là. L’un à faire entendre sa voix par des jappements aigus de temps à autre, l’autre à tourner autour des jambes des hommes qui travaillaient pour dégager l’enfant de sa prison de terre. Au début, personne n’avait eu l’idée de chercher une entrée ou une sortie naturelle pour sortir le garçon de là. C’est Sean, qui était petit pour un homme, mais costaud, qui demanda s’il ne serait pas plus facile de passer directement par le puits. On le regarda d’abord comme s’il débarquait d’une autre planète. Finalement, c’est le bourgmestre (le maire) du village qui donna raison à l’épicier. La pharmacienne voulut les faire changer d’avis, en prétextant que le puits n’était pas solide, qu’elle ne comprenait pas pourquoi on devrait se plonger là-dedans alors que la voix de l’enfant s’entendait distinctement dix mètres plus loin. Elle mit un peu trop de volonté à s’expliquer, laissant planer le fait qu’elle en savait bien plus sur cette disparition qu’elle voulait le faire croire.

Il s’avéra plus tard qu’elle n’aurait même pas eu besoin de défendre ce point de vue, car le puits était bel et bien condamné par une plaque de béton à 12 mètres de profondeur. Du moins, c’est ce que Sean prétendit quand il remonta à la surface, la mine déconfite, mais le regard pétillant d’une étrange lueur. Personne ne devait savoir que le puits était encore ouvert et qu’il y avait là un passage secret. Personne à part lui, et sans doute le gamin qui le découvrirait tôt ou tard.

 La boulangère sortit de son magasin avec des petits pains au chocolat. Nous n’étions pas jeudi, mais elle avait imaginé que le petit devait mourir de faim après plus de 12 heures à être passé sous terre, sans rien à manger. Il n’y a rien de mieux que le chocolat pour remplir l’estomac et remonter le moral, c’est bien connu !

Tout le monde oublia le petit vieux qui était mort la veille ! Il y avait une victoire à fêter : l’enfant disparu, est vivant. La malédiction ne se poursuit pas au village, la légende ne montre pas qu’elle est la plus forte. Certes, cet enfant sera quelque peu chamboulé un certain temps, mais qui ne le serait pas après tout ce qu’il a pu vivre ?

Lisa ne savait plus que penser. Comme souvent, son humeur était partagé. Aujourd’hui, elle hésitait entre la joie d’avoir retrouvé son petit frère et l’énervement, car une fois de plus, il lui chipait la vedette et plus personne ne s’intéressait à elle. Elle qui pourtant avait failli mourir, elle qui a des problèmes pour respirer, elle qui a des boutons partout qui la démangent à chaque fois qu’elle transpire…

Puis, elle repensa au terrarium et à la petite boîte qu’elle avait trouvée en dessous des escargots… son frère avait un vrai problème : il collectionnait les squelettes d’animaux ! C’était dégoûtant, écœurant, horrifiant, ahurissant ! Elle ne trouvait pas assez de mots pour exprimer ce qu’elle ressentait.

Il était déjà bizarre, mais alors là, si en plus il se mettait à ne plus parler…

« Pfffff, on n’est pas sorti de l’auberge ! » se disait-elle, heureuse d’avoir retenu cette expression apprise à l’école, l’année dernière. Elle aimait beaucoup l’école. Elle était déjà décidée à y retourner avant que Mathieu ne fasse de son nez en fuguant de la sorte. Car elle en était sûre, il a beau être petit, il a un cerveau plus mature que les enfants de son âge et ce serait bien son genre de partir sans rien dire dès que quelque chose ne lui convient pas.

L’allergie à l’eau de la fontaine chez elle, n’était déjà plus qu’un lointain souvenir.

Il avait fallu attendre la fin de la matinée avant que Mathieu puisse être sorti au grand air. En effet, à chaque fois qu’un gros paquet de terre était enlevé, un autre s’effondrait et la galerie menaçait de s’écrouler à tout moment sur le petit garçon. Cela leur avait demandé beaucoup de patience et d’ingéniosité afin de parvenir à leurs fins.

Quand Juliette et André revenaient à la maison avec leur fils, Lisa venait juste de se faire une promesse : elle serait la première à le faire reparler. Coûte que coûte, même si elle devait en venir à lui arracher la langue.

Le médecin qui était venu pour Lisa revenait cette fois pour Mathieu. Le petit garçon ne montrait nulle part qu’il avait mal, pas un mot ne sortit de sa bouche et le médecin en conclu qu’il ne souffrait que d’égratignures. C’était surtout dans sa tête qu’il avait été le plus bouleversé. Dès sa sortie de terre, on lui avait posé une tonne de questions. Sa mère aussi malgré la recommandation de son père de lui foutre la paix. La seule solution qu’il avait trouvée était de ne plus parler. Il voulait qu’on le laisse tranquille, tout ce qu’il demandait, c’était qu’on l’installe dans sa chambre avec des friandises et qu’on ne vienne plus l’embêter de tout le reste de la journée et la nuit suivante. Et bien qu’il avait un lien particulier avec sa mère, c’est son père qui comprit sa demande muette.

Lisa avait tout remis à sa place, et même si elle savait que Mathieu avait un grand souci avec l’ordre, il aurait été capable de remarquer qu’un escargot manquait ou que son trésor avait été déplacé de quelques millimètres.

Mathieu avait pourtant bien d’autres préoccupations en cet instant. N’ayant pas confiance sur le fait que l’un des parents ne rentre pas dans sa chambre le soir ou la nuit, il déplaça des jouets en plastiques ou en métal, et les installa en les empilant les uns sur les autres. Ainsi, si quelqu’un osait entrer pendant qu’il dormait, la montagne s’écroulerait dans un tintamarre incroyable et il serait tout de suite prévenu de l’intrusion.

Il allait directement dans son lit avec les deux petits pains au chocolat de la boulangère et son berlingot de jus multivitamines. Sa mère aurait sûrement désapprouvé ce comportement et elle aurait raison, car une fois sur deux, Mathieu-le-maladroit, renversait sa boisson. Il avait à peine pensé à ce qu’elle dirait qu’il l’oublia pour sortir le papier qu’il avait trouvé dans la galerie, tôt, ce matin. Le papier, les papiers, car il y en avait 2, venaient effectivement d’un cahier à spirale, d’un grand cahier format A4. Même s’il devait avoir été blanc à l’origine, il se trouvait à présent couvert d’une fine pellicule de terre séchée et certaines taches brunes étaient tellement bien incrustées dans le papier que Mathieu renonça à tout nettoyer. Dans l’obscurité du trou, il avait plié un peu n’importe comment, mais cela lui importait peu. Les lignes des deux feuilles s’étaient éclaircies, mais on les distinguait toujours, comme si ce support pouvait porter toute l’écriture maladroite afin de mieux la stabiliser. Quand l’enfant déplia complètement les papiers, la première chose qui l’impressionna était le dessin d’un arbre et de plusieurs oiseaux. Avant même de lire ou plutôt de déchiffrer ce qui était écrit en dessous du dessin, Mathieu reconnut cet arbre : c’était celui de l’Impasse des Mésanges, celui-là même dans lequel il avait grimpé tout à l’heure, ou hier, il ne sait plus très bien. Si le nombre d’espèces différentes l’avait frappé la toute première fois, il se rendait compte maintenant que quand il était dans cet arbre, il n’avait pas croisé un seul oiseau de quelque espèce que ce soit.

Le petit garçon, l’esprit tellement occupé par le beau dessin, n’avait pas vu la toute petite plume orange et jaune tomber de la feuille. Mathieu était occupé à essayer de lire le texte. L’écriture n’était pas certaine, les lettres imparfaites, les phrases bancales. Si son institutrice tombait dessus, elle aurait pu croire que c’était lui qui avait écrit ! Même les coups de crayons, c’était lui ! S’il n’y avait pas, tout à la fin de la deuxième lettre, une dernière phrase écrite avec des pattes de mouche, Mathieu aurait à la longue, pu finir par croire que c’était vraiment lui qui avait tout imaginé.

Je m’appelle Icare Dewit et en ce je ne sais pas quel jour de l’année je vais bientôt être grand frère et personne ne le sait ni ne le saura jamais.

— Dewit !?!? étonné, Mathieu avait prononcé ce nom en le chuchotant plusieurs fois d’affilée. Il l’avait dit si souvent qu’à la fin le mot ne lui disait plus rien, n’avait plus aucune signification, se transformant en « Dhuit » 

L’impasse des Mésanges doit son nom à l’ornithologue Audubon qui vécut dans ce village durant son enfance dans la fin du XVIIIe siècle. Tout jeune qu’il était, Audubon connaissait sur le bout des doigts pas moins de 24 espèces d’oiseaux.… Un jour, alors qu’il avait seulement 6 ans, il passa tout un après-midi dans une impasse à soigner une petite mésange tombée du nid… certaines espèces de mésanges… aurait plus de 100 petites mésanges… grâce au fil qu’il accrochait aux pattes des petites mésanges… en 1798, de baptiser cette impasse, l’Impasse des Mésanges.

Dans la tête de Mathieu, il pouvait entendre sa mère lire toutes ces phrases à voix haute. L’explication du nom de cette Impasse était gravée sur une plaque en métal, tout près de l’arbre où il avait vu des mésanges. L’enfant a une excellente mémoire visuelle, et il se souvient très bien qu’il n’y avait pas de nom en bas de cette plaque, comme si c’était le bourgmestre de l’époque, avant celui-ci, qui avait écrit tout ceci. Peut-être était-ce le cas d’ailleurs, mais Mathieu ne comprenait pas très bien pourquoi cet Icare avait écrit tout ça. Peut-être qu’il était comme lui, un grand curieux qui aimait connaître l’origine des noms de rues, de villes, de villages, de personnes…

Lui, Mathieu, ne connaissait pas cet Audubon et s’il ne semblait montrer aucun intérêt profond pour les oiseaux au grand désespoir de sa maman, il était toutefois content d’apprendre d’où était tiré le nom à l’origine de cette Impasse. Le fait de le lire sur ce papier semblait être plus réel. Quand sa mère avait lu le panneau, il n’était pas attentif, tout tendu qu’il était quand il avait vu Sean l’épicier. Il avait entendu les paroles de sa mère, mais sans que cela ait un sens pour lui. Il avait juste retenu qu’il y avait des mésanges, et c’était tout ce qui l’avait frappé, le reste, pffuuiit, c’était du vent.

L’histoire, ou plutôt l’Histoire, il aimait ça. L’univers, les étoiles, l’origine de la terre, les grandes inventions, et tout le reste, ça lui parlait ! Et aujourd’hui, l’origine des noms de rues, de villages, prenait une importance toute aussi capitale que le reste.

Une fois que son ventre ne criait plus famine, l’enfant n’avait plus si sommeil. Il replia les lettres et allait les mettre dans son deuxième oreiller quand il découvrit la plume aux couleurs chatoyantes. Elle était douce et avait de vraies belles couleurs sur la moitié supérieure. Le bas était tout blanc et la texture était encore plus douce. Il l’examina attentivement et comme elle ne semblait pas si spéciale que ça hormis les couleurs un peu inhabituelles, il la lâcha du haut de son lit, à un mètre septante du sol. Elle tourbillonna lentement, très doucement, et laissa une poudreuse jaunâtre s’éparpiller en rond, juste sous elle. En fin de course, la plume se coucha sur le bord du cercle de poudre. De son lit, Mathieu pouvait croire que le chiffre 9 venait d’apparaître comme par magie.

9 comme les 9 ans de Icare quand il disparut. 9 ans, c’est l’âge que Mathieu aurait dans 9 mois et 9 jours très précisément. Et dans 9 jours, il pressentait qu’il allait se passer un événement qu’il n’oublierait pas. Mathieu se demanda pourquoi Icare avait écrit qu’il allait devenir grand frère et que jamais personne ne le saurait. Pouvait-il sortir de sa cachette et épier le village sans que personne ne s’en aperçoive ? Pourquoi n’est-il pas revenu vivre chez lui ? Ne voulait-il pas être grand frère ? A-t-il assassiné son petit frère ou sa petite sœur ?

Mathieu passa le reste de l’après-midi et de la soirée dans sa chambre. Il n’en sortit que le lendemain pour aller à la toilette et manger avec ses parents et sa sœur. Il économisait sa salive en famille. Quand ses parents voulaient lui poser une question, savoir s’il se sentait bien, s’il voulait leur parler de ce qu’il s’était passé, il répondait stoïquement

— Tout va bien, il n’y a rien à dire, j’ai juste envie d’être seul.

Seuls ses parents – et accessoirement sa sœur – étaient encore autorisés à entendre le son de sa voix. Pour les autres, il resta muet. Même à l’école, il ne dit mot. En classe, il se limitait à recopier les leçons dans ses cahiers et à écrire au tableau. Durant les récréations, il restait seul, cherchait un coin tranquille et s’enfermait dans un monde dont il était le seul à avoir les clés de la porte d’entrée.

Lisa aussi était retournée à l’école. S’ils voulaient passer inaperçus ou du moins s’ils voulaient se fondre dans la masse, eux, les petits nouveaux, c’était loupé. Néanmoins pour Lisa, ce retour fut source de joie, car tout le monde venait la trouver pour savoir ce qu’il c’était passé avec son petit frère, si c’était vrai qu’il était devenu muet. Parfois, on se souvenait qu’elle aussi avait connu une mésaventure et on prenait de ses nouvelles. Parfois, pas tout le temps. Mais cela ne la dérangeait pas, peu importe le sujet, les questions, du moment qu’on s’intéressait à elle, même par le biais de son frère, ça lui allait.

Les différents contes

Bien sûr, il y a les contes classiques que nous connaissons toutes et tous. Voici les différents contes qu’on peut lire, qu’on va pouvoir écrire. Liste tirée du livre « Écrire des contes », de Mireille Pochard.

  • Contes merveilleux
  • Contes d’avertissement
  • Contes d’animaux
  • Contes mimologiques
  • Contes étiologiques
  • Contes de randonnées
  • Contes philosophiques
  • Paraboles
  • Contes facétieux
  • Contes satiriques
  • Contes de mensonge
  • Contes licencieux
  • Contes fantastiques

Il en existe encore d’autres… un peu de vocabulaire, d’explications ? Je vous invite à visiter le blog d’Hélène Loup que je viens de découvrir et qui est riche d’infos.

Chaussures, Bottes, Accueil, Bottes Maison, Maison

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Et pour le plaisir de lecture et de partage, voici le conte du petit chaperon rouge revisité avec délice par Marietta Raüschomm (courte revisite, mais intense) : L’ire du Chaperon

Souvenirs de contes

Pour ouvrir les ateliers d’écriture consacrés au défi « Contes virtuels », voici un premier article avec une question, un temps imparti et une liste à dresser.

Mais avant cela, je vais vous demander de bien vouloir préparer un cahier, une page de traitement de texte sur votre ordinateur ou le support que vous voulez pour jouer à mes petits jeux de pré-écriture sur le thème des contes, puis pour être prête et prêt pour les ateliers à proprement parler qui débuteront le 1er novembre.

Question : de quels contes vous souvenez-vous ? Dressez une petite liste des titres si vous vous en souvenez ou de phrases mentionnant personnages et/ou lieux où les contes se passent. Sans tricher, sans aller fouiller dans votre bibliothèque ou sur Internet, réfléchissez-y pendant 10 à 15 minutes maximum. Ça peut être les classiques comme les moins connus.

Les Contes De Fées, Dragon, Château, Princesse, Knight

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A côté de chaque titre, écrivez entre trois et cinq mots qui pour vous représentent ce conte, à vos yeux, à vos oreilles. Soulignez le mot que vous préférez (pour quelque raison que ce soit)

Exemple : Le petit chaperon rouge -> forêt, chevillette, loup, grand-mère, enfant

Si vous avez une longue liste comme moi : bonne chance, ce petit exercice sera un peu long 😊