Fanchie, fanfiction pour concours

Voici mon texte pour le concours de nouvelles Saint-Calais. Je n’ai pas gagné, mais le principal est que je me suis amusée à écrire une fanfiction autour des personnages de Bob et Bobette. La nouvelle devais commencer par « Encore un pas, puis un autre, j’ouvre les yeux et là je découvre… »

Je parlais il y a quelques jours des auteurs qui m’inspirent, ici, vous aurez reconnu la poupée Chucky (clic sur le titre du film pour découvrir la véritable histoire de cette poupée!)  du film « Jeu d’enfant ».

Bonne lecture 😉

 « Encore un pas, puis un autre, j’ouvre les yeux et là je découvre… je découvre simplement que je suis en vie ! Courbaturée, je me tâte de partout et me trouve indemne. Ou presque. Une longue cicatrice part du haut de ma poitrine et descend jusqu’en bas de mon ventre. Une seule marque, sans trace de sang ni hématome. Une ligne parfaitement droite, jalonnée par de minuscules boutons en tête d’épingle : des points de couture ! N’ayant pas mal, et une fois la surprise passée, je m’amuse à toucher les fils. Je me demande combien de mètres de cette fine ficelle j’ai en moi. Est-ce qu’elle va s’enlever toute seule, avec de l’eau ? Est-ce que j’aurai une marque après ? Je l’ignore. En attendant de trouver réponses à mes questions, j’admire cette droite impeccable qui me coupe littéralement en deux. Je suis un bel exemple de symétrie. J’ai bien appris ma leçon ! Mademoiselle Sidonie serait fière de moi, si elle me voyait.

Je dois stopper immédiatement ces pensées ! Ce que j’ai subi, n’est pas drôle. Qu’est-ce qu’on a fait avec moi ? Avec mon corps ? Qui ? Quand ? Et pourquoi ?

Dans ma tête, c’est un peu confus. Je sais qui je suis, comment je m’appelle et qui m’a déposée ici. Mais c’est tout. La dernière image qui bat la mesure dans ma mémoire est celle de ma maman ; ma douce maman qui m’emmène partout, qui me parle tout le temps, qui me permet de dormir avec elle, dans son lit. Ma maman que j’aime. Ma maman, c’est elle qui m’a abandonné ici. C’est bizarre, car elle ne m’oublie jamais, ou si peu.

Soudain, au-dessus de ma tête, j’entends un plancher qui craque. Juste un plancher. Juste un craquement. Un seul. Pas de pas qui courent sur le sol ni de de cris qui s’élèvent habituellement. Je ne suis pas chez moi. C’est trop calme. Jusqu’ici j’ignorais que le silence pouvait être lourd, difficile à supporter. Là où il y a de la vie, il y a du bruit ! Non ?

La pièce où je me trouve est sombre. Il y a juste une veilleuse bleuâtre qui me permet de distinguer les grosses silhouettes des meubles, armoires et boîtes à outils. Bien que maman ne m’ait jamais emmenée à la cave parce qu’elle a toujours peur de rencontrer des souris, je suis à présent certaine que je ne suis pas chez moi. Je suis ailleurs, sans doute toujours dans cette étrange maison non loin de la gare. Et je suis seule. Seule ? Non, pas vraiment, j’ai entendu du bruit là-haut. Mais je ne sais pas qui c’est : gentil ou méchant ?

Si je n’ai mal nulle part, je me sens engourdie, comme endormie. J’ai la bouche pâteuse, les lèvres sèches. Je n’ai plus parlé depuis longtemps, si longtemps que j’en ai oublié le son de ma voix ! Je lève péniblement mes bras pour, de mes poings, frotter mes paupières ensommeillées. Avant d’essayer de trouver une échappatoire, je vais d’abord me dégourdir tous mes muscles. Ils ont du mal à se réveiller. Ils ne m’obéissent pas dès le premier ordre que je leur donne. Maman me dit tout le temps qu’il n’est pas nécessaire de se presser tout le temps. Qu’il faut savoir faire les choses à son aise, pour bien les faire. Donc, petit à petit, mes idées deviennent plus claires et ma pensée, plus vive. Je fais comme les chats, détendre chaque membre, les allonger, tendre mes doigts et les écarter au maximum. Je fais pareil avec mes orteils. Après seulement, je pourrai déverrouiller ma nuque qui est rigide. Tordicou, c’est comme ça que j’appelle ce problème de cou. Cou tordu, tordicou.

Ça y est ! Je me sens prête à descendre de cette table et à explorer ma prison. Prison ? Vraiment ? Je n’ai pas les mains liées, ni les pieds. Je n’ai pas de bâillon pour m’interdire de parler, de crier, de hurler. Suis-je donc libre ? Libre de faire ce qu’il me plait, libre de faire ce que je veux, ici et maintenant ?

La chute sur le sol est un peu violente. J’avais oublié que j’étais si petite. Je frotte ma cheville droite qui s’est pliée. Même pas mal ! Les fils de couture tirent un peu ma peau de velours, mais je n’ose pas les enlever, trop peur que tout s’ouvre et que je perde mon cœur, mes intestins et tout le reste qu’il y à l’intérieur de moi. Brrr, cette image qui est apparue, me vidant littéralement de mes tripes, me donne la chair de poule. Nausée. Envie de vomir, mais peur de déchirer tout ça. J’inspire. J’expire. Je secoue un peu ma tête pour chasser cette horreur. Je fais un pas, puis un autre encore. Je ferme les yeux et là j’entends ce que je ne vois pas : frottements, glissements, chuchotements.

Je me rappelle les mots de maman : la vie n’est pas toute rose, il existe des bonnes et des mauvaises personnes. Moi, je suis une bonne personne. Maman aussi. Je dois suivre ce que je sens dans mon ventre. Et là, je crois que je dois partir d’ici au plus vite. Je dois voir et écouter les signes. C’est ce qu’on lui disait à elle quand elle était petite. Mais ici, il m’est difficile d’écouter mon corps. Je ne ressens aucune douleur, pourtant on m’a opérée ! Je ne suis pas chez moi. Maman n’est pas là, je suis seule dans une pièce inconnue et j’entends des cris étouffés. Je tente de déterminer la source de ces bruits feutrés, quand tout à coup, on attrape mon bras et on met une patte toute velue sur ma bouche pour m’empêcher de crier !

  • Doucement ma jolie ! Si tu me promets de ne pas crier, ni de me mordre, je peux te dire où tu es et ce qu’on t’a fait.

Incapable de prononcer le moindre mot, j’agite ma tête de haut en bas, longtemps, sèchement, pour dire que j’ai compris. La patte se retire. Je découvre que c’est un ours qui se tient devant moi. Pas n’importe lequel, un qui sourit, un tout doux, à peine plus grand que moi. Pourtant, je suis petite !

  • Tu es ici chez le Fabricant de rêves ! Sur demande de ta maman, il t’a transformée. Tu n’es plus une simple petite fille habillée d’un tissu quelconque, non, tu es Fanchie à présent, la plus exceptionnelle de toutes les poupées de chiffons, la plus belle et la plus intelligente. Il t’a donnée vie un peu à la manière de Gepetto et de son pantin de bois. Tu te souviens de cette histoire ? Non ?! La fée bleue, la magie, le bois qui s’anime, la marionnette qui devient un vrai petit garçon… ça ne te dit rien ? Je me demande ce que ta mère te racontait pour t’endormir !?

Je n’ose répondre à cet ours pourtant à l’air si sympathique. Il me traite de poupée, alors qu’on ne se connait même pas ! Au fond de moi, une soudaine envie de le couper en petits morceaux me prend au bourrage. Ah, je suis une poupée, on va bien voir lequel de nous deux à raison. Faut pas être trop sympa, ça cache toujours quelque chose. Ça aussi ma maman me l’a dit. Un assassin peut t’attirer chez lui avec des bonbons, ou en te proposant de l’argent, ou si tu te méfies de trop, il peut aller jusqu’à te dire qu’il a reçu ce pull ou cet appareil photo d’un copain, mais qu’il ne rien en faire et comme tu lui sembles gentille, il peut te l’offrir. Jamais, il ne faut jamais accepter un cadeau de la part d’un inconnu.

Ce nounours trop mignon, trop doux, est un inconnu. Il est gentil avec moi, donc il est faux. Il faut l’éliminer ! Sans savoir d’où je puise cette conclusion et cette soudaine envie de meurtre, je tends la main au doudou qui m’offre la sienne. En deux temps, trois mouvements, je lui serre la pince d’une poigne de fer (mais d’où me vient cette force ?!), lui arrache le bras en mohair et lui passe la corde au cou grâce à un ruban de papier cadeau trouvé par terre. De la paille, des haricots secs et du coton s’échappent par le trou béant au niveau de l’épaule. Je lui agrafe la bouche, puis l’attache au pied de la table. Aucun cri, aucune fuite possible.

Cette stupide peluche ne semble pas comprendre ce qu’il se passe. Plus je lui fais de mal, plus cela me fait plaisir. Une puissance monte dans mon ventre de tissu et je lâche un rire digne d’un film d’horreur. Un rire fort, puissant, surjoué, maléfique.

Pile à cet instant, une voiture passe dans la rue et ses phares éclairent la cave du Fabricant de rêves. Un objet brillant surgit tout à coup dans la nuit. Un ciseau fin est illuminé par ce véhicule innocent. L’outil se trouve sur le rebord de la fenêtre. Pour l’atteindre, je dois me hisser sur la table. Grimpant sur la tête de l’ours attaché, j’arrive au sommet du meuble d’où je suis descendue quelques instants plus tôt. Vêtue d’une magnifique robe en satin, je me rends compte de la vue que j’offre tout à coup à ma victime.

  • Vas-y reluque bien ma petite culotte, ça sera sans doute la dernière fois que tu pourras le faire. Ha ! ha ! ha !

La peluche n’ose pas esquisser le moindre mouvement, la ficelle à sa gorge commence à croller sous l’humidité de ses larmes d’ours trouillard.

  • Des larmes ? Tu n’es pas une fillette, reprends-toi, nous n’avons pas fini de jouer ! Et arrête de renifler, c’est dégoûtant !

Je me demande si ces gouttes salées ont le même goût que celles de ma maman. Puis, je pense à ce que je vais lui faire et me questionne :

« Quand je lui découperai sa truffe en laine et que je lui arracherai ses yeux de verre, saura-t-il encore sangloter ? Sang glotter ? Sang, du sang, il n’en a même pas ! »

La sonnette de la maison retentit brutalement, un cri dans le jour qui n’est pas encore levé. Une voix s’élève juste au-dessus de la fenêtre. Je regarde aussitôt par la vitre. Ces pieds, ces jambes, cette voix ! Je les reconnaitrais entre toutes !

« Maman ! »

J’abandonne mon plan de torture, glisse sur le pied de la table et atterris le derrière sur la tête du nounours. C’est un petit veinard celui-là !

Maman est là, elle est revenue me chercher.

Plus jamais, je ne lui permettrai de m’abandonner !

Plus jamais !

Jamais ! »

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2 réflexions sur “Fanchie, fanfiction pour concours

  1. cigalette 22 février 2017 / 9:10

    Bravo j’ai adoré mais pauvre ours, cruelle la Fanchie:-)) bisous

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