La flaque de boue meurtrière

Comme à mon habitude, je marche tranquillement sur le trottoir de ma rue. Je parcours quelques centaines de mètres, en cet hiver froid, tantôt sur des graviers, tantôt sur des pavés carrés, tantôt sur du bitume, tantôt encore sur un chemin balisé par les nombreux passages de pieds courageux, tout ça pour rejoindre mon abri bus.

Il ne gèle plus, mais on nous annonce de la neige et en belle quantité pour la fin de semaine, pour le week-end.

Comme tous les jours de la semaine quand je ne suis pas en congé, j’aime marcher durant ces 19 minutes, dans le silence du matin, où je croise davantage d’oiseaux, de chats ou de renards que d’humains. Ce n’est pas le chemin le plus court, mais c’est tout droit, enfin, droit comme le dos d’un serpent. Il doit être 6h15 environ quand je vois une lumière projeter mon ombre devant moi, c’est la voiture du facteur, une utilitaire, qui roule doucement dans le jour qui tarde à poindre le bout de son nez en ce début janvier. Le facteur fera plusieurs arrêts sur ma route, il connait les numéros des maisons par cœur, pas besoin d’illuminer la boîte aux lettres pour déposer le premier courrier de sa tournée. Parfois, nous mettons presque le même temps, le facteur et moi, pour aller d’un point A au point B : lui s’arrêtant par-ci, par-là, moi marchant tranquillement, perdue dans mes pensées, mais sans jamais m’arrêter.

Vers 6h15 donc, il arrive derrière moi et il me dépasse, doucement, presque silencieusement, et ne fera halte que bien plus loin. Le temps qu’il arrive à ma hauteur, ses phares illuminent un peu mon chemin et, coïncidence, j’ai juste le temps de faire un pas de côté pour ne pas me prendre une flaque de boue qui s’était bien camouflée sous un pavé instable. Tout à coup, un flash, un souvenir de lecture, un rêve… et je souris. Mon imagination déborde de son cadre, je n’ai pas de papier, pas le temps de me poser pour écrire l’incroyable film que je viens d’imaginer en une fraction de seconde…  mon pied gauche s’écarte du pavé qui bouge se pose juste à côté du piège éclaboussant, salissant. Pas assez loin ! La fiction est dépassée par une réalité brutale ! Un bras de boue immense, lisse, sale, humide sort comme d’un cauchemar et me happe le pied, la jambe, la hanche gauche. Le bras boueux se noue autour de ma poitrine, le liquide court s’enfoncer dans les moindres interstices de mon visage ahuri : bouche, nez, oreille, yeux. Le pavé se soulève à peine, je l’imagine plus que je ne le vois, et le trottoir m’avale tout entier ! Rapide, même pas le temps de crier. Ni vu, ni connu. Adieu.

Jamais personne ne le saura.

Pas même le facteur.

Petit délire passager… voilà ce que cela fait de lire du Stephen King, matin et soir, soir et matin !

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4 réflexions sur “La flaque de boue meurtrière

  1. Quichottine 11 janvier 2017 / 9:39

    Excellent !
    Je vais regarder les chemins de toute autre façon quand il y a de la boue. 🙂

  2. cigalette 11 janvier 2017 / 12:45

    Oh!Oh! quelle imagination, c’est vrai que Stéphen King, est le maître de l’épouvante et de l’angoisse…bonne journée bisous

  3. Kimcat Béa Riot 11 janvier 2017 / 4:49

    Terrifiant ! Mais bien imaginé et raconté
    Bises Cécile
    Béa kimcat

  4. scoobydu41 12 janvier 2017 / 8:48

    Quelle imagination! De plus je te trouve courageuse dehors à 6h15, faut le faire

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