Les colis ne sont jamais en grève

Le titre n’est pas tout à fait juste mais il en fallait bien un et c’est à la fin de l’écriture de mon texte que j’ai imaginé ce titre  🙂

Je joue donc avec Tisser les mots pour la proposition 61.

Les colis ne sont jamais en grève

En partant au boulot, juste avant de fermer la porte derrière moi, au petit matin, je me retrouve nez à nez avec le facteur. Celui-ci me salue, me sourit, puis me lance une tirade automatique.

— Madame Rantanplan, un colis pour vous, veuillez signer ici, dit-il en me donnant une petite machine et son bic gris en plastique tout fin qui a été touché par de nombreuses mains.

Au travail, j’ai l’habitude de signer pour mes collègues, un collègue surtout qui reçoit au moins trois fois par semaine des colis commandés aux 4 coins de la terre.

Ici, je suppose que c’est pour mon mari. Il fait ça régulièrement aussi, mais moins souvent quand même que mon collègue. J’ai l’habitude de réceptionner des paquets, aussi, je n’ai même pas été surprise quand le facteur a prononcé mon nom de jeune fille plutôt que celui d’épouse. Il nous connaît le facteur, depuis le temps qu’on habite là, toujours le même à se coltiner les livraisons de paquets, des petits, des grands, des légers, des lourds, des encombrants, des puants, des dégoulinants… Et alors que j’allais déposer le petit paquet sur le haut de l’armoire à chaussures, je lis mon nom, oui le mien, c’est vraiment pour moi ?! De taille modeste, il est quand même plus épais que les 3 centimètres réglementaires recommandés pour les envois sous enveloppe, d’où l’obligation de payer 3 fois plus cher pour ce colis riquiqui qui ne passe pas dans la boîte aux lettres. Aussi long et large que ma main, il est emballé soigneusement, sans aucun mauvais pli. L’étiquette, imprimée à l’ordinateur, prend toute la place d’une face. Le poids n’est pas bien lourd, aussi, je m’empresse de le prendre avec moi pour l’ouvrir dans le train. Dans mon sac à dos, il y a encore tout juste la place pour cette petite boîte. À croire que je l’attendais précisément ce jour… moi qui ne commande jamais rien et qui ne prend mon sac à dos qu’une fois par semaine.

Dans le bus qui me conduit à la gare, je ne peux m’empêcher de ressortir le paquet pour essayer de deviner son expéditeur. Bien sûr, il n’y a rien de noté… trop facile. Je me demande quand même si l’ouvrir dans le train est une bonne idée. À cette heure de pointe, tous les wagons sont pleins. J’ignore tout de cette « surprise »… je cache difficilement mes émotions… en ouvrant le carton, je pourrais être étonnée, apeurée, choquée, voir me mettre à pleurer ! Et tout ça devant de parfaits inconnus. Je pourrais aussi en rire, non ? Pourquoi pas ? Non, j’attendrai d’être dans mon bureau, seule avec moi-même. Même si cela me fera sourire, je préfère ne pas risquer donner un spectacle gratuit et désolant du grand matin, même si la plupart des navetteurs poursuivent leur nuit, assoupis, assis, tranquilles.

Voilà que j’arrive à la gare… Tiens, il y a un monde inhabituel à l’entrée… des drapeaux, des hommes en uniformes, d’autres avec des vestes de couleurs. Oh ! Une grève surprise, comme j’aime ça !! Après avoir compté le nombre de fois où je suis arrivée en retard à mon boulot à cause d’un problème technique d’un bus, ou d’un train, ou suite à une grève annoncée ou pas (en tout, 8 fois sur 18 jours de taff ce mois-ci qui n’est pas encore terminé), je soupire pour la forme puis je me pose d’autres questions : qu’est-ce que je fais ? Je l’ouvre ou pas ce colis ? Ici, maintenant ? Au café de la gare, à l’arrêt de bus, dans le bus ou chez moi ? Pfff, je suis las de toutes ces questions.

Je décide de l’ouvrir un peu plus loin, sur un chemin (long, très long) qui me ramène à la maison, et qui passe dans un bois où il n’y a ni bruit, ni bus, ni pollution, bref, le calme plat. Je me demande comment je dois l’ouvrir, délicatement, avec ou sans petit canif ? Des questions, encore et toujours des questions… Ce n’est qu’au moment où je colle mon oreille sur la boîte que je fais bouger de gauche à droite que je réalise que le contenu est hyper bien calfeutré car rien ne bouge à l’intérieur. Sous le couvert des arbres, il fait plus sombre, plus frais aussi. C’est à cet instant que je discerne de minuscules trous sur le pourtour de la boîte. Des trous aussi grands qu’une aiguille à coudre peut faire. Des trous aussi nombreux qu’une nuit étoilée, libre de tout nuage. Il y en a des dizaines, non des centaines… des trous luminescents qui étaient invisibles avant. Qui dit trou, dit bestiole. C’est logique. C’est cohérent. C’est rationnel. Ou peut-être est-ce une plante ou toute autre chose organique nécessiteuse d’oxygène pour vivre. Bref, c’est la vie, c’est fragile. Fragile ! Pourquoi cette mention n’était-elle pas notifiée sur la boîte ?

Que de mystères, que de questions…

J’ouvre donc avec application, assise sur la souche d’un arbre, le colis sur mes genoux. Je prends autant de précaution que si c’était un nouveau-né que je tenais dans mes mains. Une attention tout à fait opposée au début de son transport… Dans quel état vais-je trouver la chose ?

J’hésite quand même à prendre mon canif, les petits ciseaux, pour ouvrir un côté de la boîte. Arracher le collant provoquerait beaucoup de gestes brusques et surtout beaucoup de bruit. Que faire ?

— Toc, toc ! Y a quelqu’un ? Je chuchote, je préviens, j’interroge… Il n’y a quand même personne autour de moi…

En penchant légèrement la boîte pour inciter – vainement sans doute – la chose à aller d’un côté, je me décide à continuer avec les petits ciseaux aux bouts légèrement arrondis pour couper le collant sur toute une longueur, et je remercie intérieurement mon patron pour ce cadeau d’anniversaire que j’utilise régulièrement. Un tout petit couteau suisse, à multiple usages, qui remplit à merveille son rôle en ce moment.

J’y vais tout doucement, en parlant dans un souffle à la bête que je suppose être une souris, un rat, ou un rongeur de la sorte. Si ça se trouve, c’est une plante, ou une fleur. Ma maman m’a toujours dit qu’il fallait parler aux plantes…

Tchic, tchac, deux petits coups soignés de ciseaux sur les bords latéraux me permettent de soulever légèrement le dessus de la boîte, enfin, ce que je suppose être le dessus car il y a l’étiquette.

L’étiquette !! J’ouvre un colis qui a été envoyé à mon nom, alors que je n’ai rien commandé… Je ne sais même pas de qui ça vient ! Si ça se trouve, peut-être bien que c’est un piège, un poison, une plante carnivore, un rat enragé !

Pfiiiooouuuu !

Comment ça « pfiiiooouuu » ? C’est tout ? Ça m’a fillé entre les doigts, devant mes yeux, si vite, que je n’ai rien vu, rien senti, juste entendu un « pfffiiioooouuu » ? A dire vrai, j’ai vu quelque chose. Un éclair. Une flèche. Une couleur : bleu turquoise. Ou ne dit-on pas plutôt vert turquoise ? Je ne sais plus à la fin ! Rapide, fin, poilu, mais pas trop, car il, elle, enfin la chose ne m’a pas touchée ! Ultra fin pour être passée par cette minuscule ouverture, ce côté de boîte même pas ouverte entièrement. 1 cm. 1,5 cm à tout casser ! Bon sang, mais qu’est-ce que c’était ?

Oh ! Mais ça par exemple ! Des traces, des empreintes bleues, vertes, indigo… enfin, empreintes, j’exagère, ce sont des taches, des points. Des points aussi grands qu’une aiguille à coudre peut laisser comme marque.

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4 réflexions sur “Les colis ne sont jamais en grève

  1. cigalette 3 juin 2016 / 4:37

    Mince alors! Mais qu’est ce que c’était? tu nous laisse sur notre faim:-)) bisous

  2. Kimcat Béa Riot 3 juin 2016 / 7:48

    Qu’est-ce que c’est ??? Bleu turquoise (bleu tirant sur le vert) est ma couleur préférée !
    Bises Cécile
    Béa kimcat

  3. Quichottine 11 juin 2016 / 4:54

    Ben… c’est quoi ?
    Un oiseau qui a picoré le carton ? Une demoiselle libellule ?
    En tout cas, tu nous laisses dans la plus totale incertitude… Mais j’adore !

    • ecrimagine 11 juin 2016 / 5:41

      Hihi je n’en sais rien moi même… je pense à de la poussière de plume d’un Martin-pêcheur 😆

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